Macron "Champion de la terre" : "C'était audacieux de dire 'Make the planet great again'", assure Jean-Louis Etienne

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L'explorateur et médecin français Jean-Louis Etienne estime, au micro de Nikos Aliagas mercredi, qu'Emmanuel Macron est "audacieux" d'avoir organisé un sommet sur le climat au cours duquel il a repris le slogan de campagne du président Trump en le détournant.
INTERVIEW

Emmanuel Macron va recevoir mercredi le titre de "Champion de la Terre", décerné par les Nations unies pour son action en faveur du climat. Il sera également nommé "ambassadeur du climat", un titre mérité selon Jean-Louis Etienne, explorateur et médecin qui étudie le réchauffement de la planète depuis 30 ans, au micro de Nikos Aliagas mercredi.

Un président "audacieux". Emmanuel Macron est-il un "Champion de la terre" ? "Oui", répond l'explorateur. "C'était audacieux l'année dernière de faire le [premier] One Planet Summit et de dire 'Make the planet great again' juste après le 'Make the America great again' de Donald Trump." En 2017, le président Français avait organisé à Paris un sommet pour le climat, deux ans jour pour jour après la signature de l'accord de Paris. Quelque 4.000 personnes y avaient participé. 

Trouver l'équilibre entre les intentions et la réalité. Malgré ce titre, les mesures en faveur du climat semblent être difficiles à mettre en place en France, comme en témoigne la démission de l'ancien ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. "Il faut faire un mariage permanent entre la nécessité de le faire [protéger la planète] et la grosse inertie de l'humanité", répond Jean-Louis Etienne. "Il faut faire de la pédagogie."

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Le réchauffement climatique, une "maladie chronique". Car pour celui qui a été le premier homme à atteindre le pôle nord en solitaire en 1986, les conséquences du changement climatique sont bien réelles. "Le réchauffement climatique est comme une maladie chronique qui commence à entraîner des complications", estime Jean-Louis Etienne. "La terre a une fièvre qui s'est installée depuis un demi-siècle. Et les complications, aujourd'hui, se sont des tempêtes tropicales qui deviennent des cyclones, les immenses sécheresses en Australie et en Afrique du Sud..."

Des effets réels. Explorateur des pôles depuis de nombreuses années, le scientifique s'est rendu compte par lui-même de l'étendue de la fonte des glaces. "J'ai vu deux choses dans les régions polaires. Au Nord, la banquise faisait 1,80 mètre d'épaisseur quand j'y suis allé en 1986. Je l'ai survolé, il n'y a pas longtemps et il y a des immensités d'eau libre, ça veut dire que ces eaux se réchauffent. Au Sud, j'ai traversé l'Antarctique en 1989-1990 et les 600 premiers kilomètres de glace que j'avais emprunté ont disparus. C'est une réalité. On a perdu beaucoup de temps à savoir si l'homme était acteur du climat ou pas."

Les épisodes cévenols, signes du réchauffement. Et si la France est relativement épargnée, certains signes sont néanmoins visibles. Par exemple, les épisodes cévenols qui surviennent à la fin de l'été tendent à montrer que le changement climatique est là. "Le problème, c'est que le responsable est invisible."

Ce qui ne doit pas empêcher d'avoir une vision à long terme car "le climat a une énorme inertie et les mesures qu'on prendra aujourd'hui se verront dans 50 ans. C'est pour ça que c'est difficile à mettre en oeuvre", reconnaît Jean-Louis Etienne.

Europe 1
Par Marthe Ronteix