Lauriane, 33 ans, souffre d'un trouble du déficit de l'attention : "On est toujours en train de lutter contre soi-même"

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Contrairement aux idées reçues, l'hyperactivité et le déficit d'attention ne touchent pas que les enfants. Au micro d'Olivier Delacroix, sur Europe 1, Lauriane évoque les conséquences de ce trouble neurologique, diagnostiqué tardivement, sur sa vie d'adulte.
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Lauriane a 33 ans. Il y a cinq ans, elle a été diagnostiquée d'un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDH). Ce trouble neurologique se caractérise dans la plupart des cas par de l'impulsivité et une grande difficulté à se concentrer. Si le TDH se remarque généralement pendant l'enfance, certains sujets ne sont diagnostiqués qu'à l'âge adulte. Au micro d'Olivier Delacroix, sur Europe 1, Lauriane explique comment ce "réel handicap" impacte son quotidien.

"J'avais quelques difficultés sociales, à l'école, des retards au niveau de la compréhension… Après, j'ai rencontré quelqu'un. Au fil des années, il me disait : 'Je n'ai jamais vu quelqu'un comme toi, d'aussi hyperactif et dispersé'. Ça m'a intriguée. Je perdais de plus en plus d'affaires, je faisais des choses inconsciemment et je ne me rappelais plus si je les avais faites ou pas.

J'ai pris rendez-vous avec une orthophoniste, sur les conseils d'un médecin.[…] De fil en aiguille, en faisant des tests, l'orthophoniste m'a dit : 'Il y a de fortes chances que vous soyez TDH'. Je ne savais pas ce que c'était. De là, j'ai fait un test chez une neuropsy qui a confirmé : impulsivité, trouble de l'attention… Bref, tous les symptômes. […] C'était incroyable : ça mettait un mot sur mes problèmes du quotidien.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Ce diagnostic a mis en lumière un mal-être que la jeune femme n'avait jamais vraiment pu cerner.

Certes, je suis impulsive mais je ne le savais pas vraiment. Je suis plutôt hypersensible au niveau des émotions. La moindre petite chose et je m'effondre en larmes, ou alors ça peut me provoquer une énorme joie, plus que chez quelqu'un qui n'a pas ce trouble-là.

Ça régit toute ma vie le TDH, à tous les points de vue. [Le diagnostic] a été un soulagement. Je me suis sentie beaucoup plus comprise par mon entourage. J'ai pu expliquer à certains de mes proches l'hyperactivité, le fait que j'ai du mal à comprendre des choses, les inférences, les blagues… Je me suis sentie toujours rejetée, avec un manque de confiance, tout vient de là. Enfin, une grosse partie.

Malgré les traitements, Lauriane reste à la merci de ses émotions et continue d'avoir des difficultés pour s'organiser.

Si quelqu'un va me dire quelque chose ou me faire une remarque, surtout les proches […] Je vais le prendre mal. Je vais faire des crises d'angoisse, je suis très anxieuse et légèrement dépressive. On a du mal à se remettre des émotions négatives, elles vous empoisonnent la vie et on a du mal à passer outre, à cause d'un problème neuronal, la dopamine, que l'on ne secrète pas comme n'importe quelle personne.

C'est très difficile à dompter au quotidien, c'est un réel handicap. À l'adolescence, j'étais renfermée sur moi-même, j'ai eu des amitiés avec des gens qui m'ont beaucoup manipulée.

[…]

Pour dompter le TDH, du moins les oublis, la course contre la montre, la gestion du temps, l'organisation, tout… Il y a plein de remèdes mais ça reste très compliqué. On est conscient du problème. On sait que l'on n'arrive pas à faire les choses, mais c'est dur de faire face. On est toujours en train de lutter contre soi-même pour corriger les choses.

On gère tout dans l'urgence. On a l'impression que l'on va avoir le temps de tout faire, mais en fait, on n'a jamais le temps de tout faire, et à chaque fois, ça nous met dans le rouge. Et quand on a plein de petites choses à gérer, on les oublie instantanément.

Si Lauriane se sent mieux depuis quelques années, elle le doit aussi au soutien de son mari.

Les expérience négatives de la vie m'ont servi de tremplin. J'ai nettement évolué depuis trois ou quatre ans. Ces deux dernières années, j'ai créé une entreprise, ça m'a énormément fait gagner en confiance.

[...]

Je me sens nettement mieux. Mon mari m'aide à pallier toutes les difficultés, me gère sur beaucoup de choses. Il est vraiment très présent dans mon quotidien, il connait mes difficultés. Mais ça reste très difficile à vivre pour l'entourage."

Europe 1
Par Romain David