Laïcité : "On ne va défendre les enseignants que quand ils sont morts", dénonce Fatiha Agag-Boudjahlat

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Fatiha Boudjahlat 2:35
Laïcité : "On ne va défendre les enseignants que quand ils sont morts", dénonce Fatiha Boudjahlat © Europe 1
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Fatiha Agag-Boudjahlat, professeure d'histoire-géographie dans un collège classé REP de Toulouse et essayiste, dénonce mercredi sur Europe 1 "l'hypocrisie" et "la lâcheté" sur le terrain face aux attaques contre la laïcité qui surviennent à l'école. Elle affirme son soutien au professeur de Trappes, Didier Lemaire. 
INTERVIEW

Quelques mois après l'assassinat du professeur Samuel Paty, le sujet des attaques contre la laïcité au sein des établissements scolaires revient dans le débat public. Didier Lemaire, professeur de philosophie à Trappes, a récemment été très médiatisé après avoir publié une tribune appelant à résister face à l'islamisme. Depuis, il indique être une cible. Fatiha Agag-Boudjahlat professeure d'histoire-géographie dans un collège classé REP de Toulouse, essayiste française engagée pour la laïcité et cofondatrice avec Céline Pina du mouvement "Vivre la République", apporte son soutien à son collègue sur Europe 1, mercredi, et dénonce la "lâcheté" de certains acteurs de terrain.

Soutien à Didier Lemaire 

"Il incarne les maux de cette époque : on ne va défendre les enseignants que quand ils sont morts, puisqu'il faut un drame pour arracher le soutien", déplore-t-elle au micro de Sonia Mabrouk. "J'ai plus d'estime pour ce témoignage d'un collègue, sur le terrain depuis 20 ans, que pour un Benoit Hamon qui était député de cette circonscription sans y vivre, qui habitait à Issy-les-Moulineaux et qui célèbre la 'kebab attitude', puis les jeunes, mais qui ne veut surtout pas que ces filles aillent à l'école avec ces jeunes. Voilà cette hypocrisie que j'aimerai dénoncer."

Dans la commune de Seine-Saint-Denis, la polémique enfle depuis plusieurs jours. "Trappes est aujourd'hui une ville définitivement perdue, tombée aux mains des islamistes", a déclaré Didier Lemaire au Point, entraînant la vive réaction du maire de la ville, Ali Rabeh, affilié au parti Génération.s, qui a dénoncé des propos stigmatisants avant de se rendre dans l'établissement scolaire du professeur de philosophie, la Plaine de Neauphle, pour "échanger avec les jeunes". Des tracts ont notamment été distribués. Les deux protagonistes sont désormais sous protection policière, après avoir reçu des menaces de mort. 

Réitérant son soutien à son collègue, Fatiha Agag-Boudjahlat tacle "le déploiement" d'articles de "pseudo fact-checking" ou de tribune contre son collègue, pointant notamment le quotidien Le Monde ou encore le journaliste Claude Askolovitch. "Didier Lemaire n'a rien à gagner", poursuit-elle. "C'est une cible et c'est tellement violent ce qu'on se prend". 

"La lâcheté" sur le terrain

L'enseignante toulousaine a elle-même pris position, relatant publiquement les comportements de certains de ses élèves durant l'hommage à Samuel Paty. Cinq d'entres eux n'ont pas respecté la minute de silence. Des propos qui ont suscité la colère de certains syndicats enseignants. "Au bout de dix jours, le prof bashing reprenait. Je crois qu'en France, on a tellement été touchés par les drames qu'on s'y est presque habitués", déplore Fatiha Agag-Boudjahlat. Je vois dans mon collège les mêmes collègues qui célébraient la liberté d'expression, Samuel Paty, qui sont allés au rectorat pour demander à me faire taire, que cette exposition était dangereuse. Le manque de courage, le temple des lâchetés ce n'est pas la haute administration, ça commence sur le terrain." 

Refusant un discours victimaire et pointant du doigt le problème des sciences sociales en France, Fatiha Agag-Boudjahlat appelle à "mettre du bon sens sans transmettre du morbide". "Quand des profs font venir Assa Traoré dans les lycées d'Ile-de-France, quelle est la finalité pédagogique ? On a des gens qui sont dans la transmission du ressentiment, ils créent du trauma, ils le transmettent aux élèves", lance-t-elle. 

"Si je tiens le discours victimaire à un jeune, qu'est ce que je vais lui transmettre ? Cela ne m'empêche pas d'être lucide sur les difficultés de vie sociale", explique l'enseignante, rappelant son enfance au sein d'une famille nombreuse. "On allait aux Resto du Cœur, on s'habillait au Secours catholique, ma mère faisait les ménages pour cinq employeurs différents. Je n'ai rien apprendre de ces 'petit bourgeois pénitents'. Mais quelle est la finalité ? On transmet du trauma, du ressentiment, du morbide. En France, il y a des choses qui fonctionnent. La majorité des choses fonctionne."

Europe 1
Par Edité par Mathilde Durand