LA QUESTION SEXO - Qu'est-ce que la domination ?

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Ce vendredi dans "Sans Rendez-vous", la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc répond à la question d'Anne-Laure. Cette auditrice est perturbée depuis que son copain lui a avoué qu'il préfère être dominé au lit. Mais encore faut-il comprendre ce que cela signifie réellement.  

Que signifie vraiment être dans une position dominante lors d'un rapport sexuel ? Ce vendredi dans "Sans Rendez-vous", Catherine Blanc s'attaque à cette notion en répondant à la question d'Anne-Laure. Cette auditrice est perturbée parce que son partenaire lui a avoué préférer être dominé au lit. Mais pour la sexologue et psychanalyste, il faut déjà comprendre ce que signifient réellement ces deux notions. Et ce n'est pas forcément simple... 

La question d'Anne-Laure

Mon copain m’a avoué préférer plutôt être dominé au lit mais j’ai toujours pensé qu’un homme se devait d’être dominant. Je trouve donc cela assez particulier et j’ai une petite réticence. Qu’en pensez-vous ?

La réponse de Catherine Blanc

"Tout d'abord, il faut définir ce que veut dire dominant et dominé. Car jouer à être dominé c'est déjà une posture dominante. C'est-à-dire qu'il peut la contraindre à jouer le rôle de la dominante. On a un peu tendance à penser que les hommes sont dominants, qu'ils arrivent avec un projet et que la femme subit. Une idée qui était d'ailleurs un moyen pour les femmes de ne pas se sentir coupables de leurs désirs et de leur sexualité.

Mais bien évidemment, il s'agit d'un équilibre avec deux désirs qui s'expriment et qui profitent de tous les jeux où on est à tour de rôle dessus-dessous, ou actif-moins actif au sein du même acte sexuel. 

Pourquoi le désir d'être "dominé" reste tabou chez les hommes ? 

C'est d'abord parce qu'on imagine que c'est le rôle féminin, mais surtout parce que c'est un rôle enfantin. Quand on est enfant, le plaisir dépend de la toute puissance maternelle. Être excité par par la fait d'être dominé, c'est renvoyer à quelque chose d'extrêmement archaïque dans sa construction et souvent pas suffisamment assumé, viril, adulte, etc. 

C'est bizarre de se dire qu'être dominé renvoie à la position dominante de la mère dans l'enfance. 

Nous avons dans notre sexualité des choses qui viennent de notre enfance. Il faut comprendre qu'elle [la sexualité] se construit de toute façon dans nos premiers élans amoureux et nos premières relations tendres, donc avec maman. 

Anne-Laure a l'air dérangé par le désir de son copain, pourquoi ? 

Parce que ça peut la renvoyer justement à l'obligation d'être plus proactive et plus mise en avant dans son expression de désir. Elle est obligée d'avoir une position forte, de prendre les choses en main, et elle en tire une angoisse : son désir est trop exposé alors qu'elle préférerait qu'il soit caché derrière les volontés masculines.

Mais il ne faut pas oublier que la position de domination est toute relative, ce n'est pas parce qu'on a l'un au-dessus et l'autre dessous qu'il y a un dominant et un dominé, c'est une vue de l'esprit. Prenons le cas d'une fellation : elle peut être perçue par une femme comme étant une soumission et par une autre comme étant une domination puisque justement, elle va diriger ce pénis dans son érection et dans son éjaculation. Il n'y a donc pas de règle qui identifie clairement une posture comme étant plus dominante ou dominée."

Europe 1
Par Catherine Blanc