LA QUESTION SEXO - Après une ablation des seins, je n'ose plus faire l'amour. Que faire ?

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La première personne qui doit réapprendre à s'aimer est celle dont le corps a été abîmé, affirme Catherine Blanc. © Pixabay
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Dans "Sans Rendez-vous", mardi, la sexologue Catherine Blanc répond à Mélodie, qui a subi une ablation des seins après un cancer et n'ose plus faire l'amour avec son mari. Selon la spécialiste, il est important qu'elle réapprenne elle-même à aimer son corps, et qu'elle en parle avec son conjoint qui a sûrement, lui aussi, peur de mal faire.

Comment reprendre confiance en soi et donner de nouveau son corps à l'autre quand la maladie l'a abîmé ? Dans Sans rendez-vous, mardi sur Europe 1, la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc répond à la question d'une auditrice qui, après un cancer, a subi une ablation totale des deux seins. Celle-ci n'ose plus faire l'amour à son mari, de peur de son regard, et demande des conseils pour passer outre cette difficulté.

La question de Mélodie, 39 ans

J'ai eu un cancer du sein il y a six mois avec ablation des deux seins et je n'ose plus faire l'amour avec mon mari. J'ai peur de son regard et surtout peur qu'il ne m'aime plus comme avant, à cause de mon corps. Avez vous des conseils ?

La réponse de Catherine Blanc

Tout d'abord, la première personne qui doit réapprendre à s'aimer, c'est elle. En effet, la peur que nous avons du regard de l'autre est la projection de notre propre difficulté à nous accorder le droit de continuer à nous aimer et faire le deuil de ce que nous étions pour ce que nous sommes devenus, de faire grandir et d'accueillir paisiblement tous les possibles de ce corps, quand bien même il a été traumatisé.

Ici, il s'agit des seins, donc un organe assimilé à la féminité et potentiellement à l'expression du désir masculin. Toute la difficulté est donc d'oser se présenter tranquillement, fièrement, face à celui qui vous aime avec ce corps abîmé parce qu'on se dit qu'on n'a plus matière à l'exciter, de par cette idée reçue qu'une femme doit être excitante, alors que c'est la relation qui doit l'être et que l'excitation est interne à chaque individu. C'est au-delà du corps et des formes de l'autre.

Retrouver des sensations naturelles

Certes, c'est très difficile, parce que, même quand la chirurgie esthétique propose une réparation et fait de très belles choses, la réalité c'est que ce n'est jamais un retour en arrière. Certains veulent encourager en disant 'Tu verras, ça sera mieux qu'avant, c'était l'occasion de te faire des magnifiques seins' : Non, l'histoire n'est pas là, car ce ne sont pas ses seins. C'est donc un chemin difficile, un chemin d'appropriation de ce corps, mais aussi de sensations. Avec la maladie et l'opération, le système nerveux a été inévitablement touché, sectionné, il faudra donc qu'il se reconstruise. Et évidemment, retrouver des sensations naturelles se fait sur un temps long. Or six mois c'est très peu de temps.

La difficulté est donc de s'offrir au regard de l'autre, de s'offrir aux mains de l'autre, et je crois que, plus que jamais, les lieux abîmés doivent être des lieux touchés, acceptés. Il faut donc se toucher, se laisser toucher et accepter que les sensations ne sont plus les mêmes. Il ne faut pas chercher à retrouver le passé, mais chercher à accueillir la main qui touche. C'est important pour la vascularisation, pour le système nerveux, mais aussi pour la psychologie.

Faut-il en parler avec son conjoint?

C'est souvent difficile parce que là, il y a un nouveau problème : en parler avec son compagnon, c'est parler de sa blessure. Or, c'est potentiellement avoir l'idée d'être victime.

Par ailleurs, l'homme a aussi une difficulté parce qu'il a peur de faire du mal et peut avoir aussi peur de ce qu'il touche, de ce qu'il rencontre. Il va donc falloir aller à la rencontre paisiblement. Ce sont deux personnes qui doivent s'approprier une situation qui, même si c'est sur le corps de l'un, cela a aussi un impact psychologique pour l'autre. Les deux peuvent avoir peur et je pense que c'est important d'en parler en disant 'Dis moi si je te fais mal, dis moi si tu sens".

Et surtout, il est important de ne pas s'exposer. On n'est pas dans un cabinet médical, on n'est pas là pour montrer la blessure du vétéran. On est là pour se réapproprier comme des petits animaux blessés, y compris celui qui ne l'est pas.

Europe 1
Par Catherine Blanc