Incendie à Notre-Dame de Paris : pourquoi le feu est-il si difficile à maîtriser ?

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :
Un violent incendie ravageait lundi soir la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, dont l'emblématique flèche s'est effondrée. L'intervention des pompiers de Paris sur ce type de feux s'avère particulièrement difficile.
ON DÉCRYPTE

Les images sont d'autant plus frappantes qu'elles renvoient à un sentiment de fatalité : celle des flammes qui dévorent la cathédrale Notre-Dame de Paris, où un violent incendie s'est déclenché peu après 18h30 lundi. L'emblématique flèche du bâtiment, vieux de huit siècles, s'est effondrée, tout comme le clocher central. Les deux tiers de la charpente ont pour leur part été détruits, malgré les efforts des quelque 400 pompiers mobilisés. "C'est un feu très complexe", explique sur Europe 1 Laurent Vibert, ancien commandant des opérations de secours des sapeurs-pompiers de Paris.

Les feux de charpente sont "dévastateurs"

"On le voit, c'est un feu de toiture qui a sans doute pris au niveau des échafaudages", indique-t-il au micro de Matthieu Belliard, bien que l'origine du feu n'a pas encore été clairement établie. "Les feux de charpente sont tout à fait particuliers et dévastateurs. Ils prennent une intensité très forte, très rapidement", poursuit l'ex-porte-parole des pompiers de Paris. "Il faut faire le tour du feu, faire attention au vent aussi." L'effondrement de la flèche a d'ailleurs provoqué un appel d'air, attisant ainsi des flammes déjà dévastatrices.

L'intervention est aussi rendue plus complexe par la hauteur du monument, qui culmine à 69 mètres au niveau des tours, 93 mètres en haut de la flèche. "Dans ce cas-là, le dispositif mis en place doit permettre d'aller accompagner la maîtrise du feu par des moyens élévateurs, des grandes échelles, des nacelles sur lesquelles il faut mettre des moyens hydrauliques pour pouvoir contenir le feu", souligne encore Laurent Vibert. Mais les échelles mesurent seulement 30 mètres de long, quand les bras élévateurs articulés en atteignent 45.

Intervention-Pompiers-Notre-Dame-de-Paris

B.MOSER©BSPP

"Une partie" des 18 lances à incendie "a des problèmes d'allonge mais l'action la plus efficace se fait à l'intérieur", a noté le général Jean-Claude Gallet, commandant de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, présent sur place. "On n'est pas sûr de pouvoir enrayer la propagation au beffroi nord. Si celui-ci s'effondre, je vous laisse imaginer l'ampleur des dégâts", a-t-il encore commenté vers 21h45.

Le largage d'eau est impossible

Le président américain Donald Trump a rapidement recommandé l'intervention de Canadair pour venir à bout de l'incendie. Mais il s'agit là en réalité d'une fausse bonne idée. Ces avions sont "techniquement inadaptés pour éteindre ce type d'incendie", a expliqué notamment la Sécurité civile sur Twitter. "Hélicoptère ou avion, le poids de l'eau et l'intensité du largage à basse altitude pourraient en effet fragiliser la structure de Notre-Dame et entraîner des dommages collatéraux sur les immeubles aux alentours", précise ce service du ministère de l'Intérieur.

Bien que des hélicoptères aient été mis à disposition des pompiers, les moyens aériens sont en général réservés à des points hauts ou à des chalets très isolés en montagne, par exemple. Ici, les pompiers savent pertinemment ce qu'ils font. Notre-Dame de Paris fait en effet partie d'un plan particulier d'intervention. "C'est un établissement répertorié comme on dit. Il y a un travail d'analyse fait en amont avec les bâtiments de France et les musées de France", détaille Laurent Vibert sur Europe 1.

Une intervention particulièrement longue

Selon ce spécialiste, l'intervention devrait durer "plusieurs jours, au moins en termes de surveillance". Les pompiers doivent en effet veiller à ce qu'il n'y ait pas de reprise de feu. "Il faut d'abord circonscrire l'incendie et après, progressivement, faire des reconnaissances de toutes les parties qui auraient pu être brûlées, les bois qui auraient été noircis, faire des rondes avec des caméras thermiques pour voir si le feu ne s'est pas propagé à l'intérieur de ce qu'on appelle l'âme du bois. Ce sont des feux très techniques", résume Laurent Vibert.

Le parquet de Paris a d'ores et déjà annoncé l'ouverture d'une enquête sur les causes du sinistre. En 1972, la cathédrale de Nantes avait aussi été la proie des flammes, causées par un ouvrier-couvreur effectuant des réparations sur la toiture du monument. Selon le rapport de l'époque, l'alerte avait été donnée à 16h18, Le feu éteint à 21h30, mais l'opération ne s'était terminée que le lendemain, à 10h38.

Europe 1
Par Thibauld Mathieu