Dans "Pèlerinage français", le spécialiste de l'islam Gilles Kepel dresse le portrait d'une France fracturée, tiraillée entre les nouveaux bastions identitaires du Rassemblement national et les territoires conquis par le narcotrafic et l'islamisme. Selon lui, "il y a un problème d'encadrement spirituel et intellectuel dans l'islam de France".
Invité du Grand Rendez-vous ce dimanche 20 septembre, Gilles Kepel, auteur de Pèlerinage français - Comprendre les failles de notre identité aux éditions Albin Michel, a sillonné la France, "fracturée", selon lui, sur le plan culturel.
Son enquête de terrain l'a mené à un constat : "Aujourd'hui, il y a un problème d'encadrement spirituel et intellectuel dans l'islam de France, parce que ce ne sont pas les musulmans en général qui sont en cause".
Un "islam d'intégration"
L'une de ses rencontres au sein de la communauté musulmane va le marquer. "Il m'explique qu'en fait, le drame des mosquées, entre autres choses, c'est que les imams sont payés au lance-pierre", raconte le spécialiste.
"Il faut faire ce que font les juifs : c'est-à-dire qu'il y a un gros budget. On pourrait faire une taxe sur la viande halal, qui servirait, comme dans la communauté juive, à financer le culte, et donc à avoir des dirigeants religieux qui soient formés, qui ne soient pas pris en otage par les salafistes ou les djihadistes et qui serait une manière de contribuer à la résolution du problème", relate Gilles Kepel.
"Il ne faut pas faire des instances par le haut qui veulent régenter le culte, ça ne marche jamais. Mais effectivement, favoriser une gestion économique du culte qui permette, comme dans le judaïsme, d'avoir des gens de qualité et qui prônent un islam d'intégration dans la société française. Après tout, on ne va pas demander aux musulmans de changer de religion, pas plus qu'aux juifs", conclut-il.