"Il y a des cagnottes bien plus polémiques" que celle de l'ex-boxeur Dettinger, estime son avocate

, modifié à
  • A
  • A
La cagnotte comptabilise aujourd’hui 127 000 euros (image d'archives).
La cagnotte comptabilise aujourd’hui 127 000 euros (image d'archives). © Capture d'écran Leetchi
Partagez sur :
La justice examine mercredi la question du sort à réserver aux 127.000 euros collectés en soutien à l'homme qui avait frappé des gendarmes lors d'une manifestation de "gilets jaunes". 

"Il y a deux poids, deux mesures, c'est évident", martèle Laurence Léger. Mercredi, l'avocate représentera l'ex-boxeur Christophe Dettinger devant le tribunal correctionnel de Paris, qui doit répondre à cette question : la plateforme Leetchi avait-elle le droit de bloquer la cagnotte de soutien à cet homme, condamné pour avoir frappé des gendarmes lors d'une manifestation de "gilets jaunes" ? 

"Si elle est légale, pourquoi vous la bloquez ?"

Avant sa suspension - réclamée par plusieurs responsables politiques, parmi lesquels la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa-, la cagnotte avait recueilli 148.000 euros en deux jours. Pour une raison inconnue, certains donateurs ont été remboursés au hasard par Leetchi : le montant s'élève désormais à 147.000 euros. 

À l’audience, l’avocate de Christophe Dettinger va plaider que son client puisse obtenir les fonds. "La cagnotte est parfaitement légale, argumente-t-elle. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Leetchi eux-mêmes. Mais si elle est légale, pourquoi vous la bloquez ? Logiquement, ils devraient payer, et puis c'est tout." 

Tariq Ramadan "a eu 121.000 euros de cagnotte"

"Il y a peut-être un débat sur la moralité", reconnaît Laurence Léger. "J'entends que cette cagnotte a pu choquer. J'entends qu'il peut y avoir un débat de moralité. Mais dans ce cas, il n'y a pas de raison de faire un droit d'exception pour Christophe Dettinger : il faut se poser la question de toutes les cagnottes, et il y en a certainement des bien plus polémiques que Christophe Dettinger." 

Et l'avocate de citer l'exemple de Tariq Ramadan : "il a eu 121.000 euros de cagnotte. Pas un politique ne s'est levé pour contester cette cagnotte et pour crier au scandale. Marlène Schiappa, qui a hurlé contre la cagnotte Dettinger, n'a pas dit un mot contre la cagnotte Ramadan". 

D'autres plaintes déposées par les avocats de l'ex-boxeur

Par ailleurs, la défense de Christophe Dettinger a déposé plainte au nom d’une cinquantaine de donateurs, pour "abus de confiance". Ces particuliers, qui ont donné 5, 10, 20 euros, 3.000 même pour l’un, sont furieux que l’argent n’ait pas été versé à l’intéressé, comme promis. Les avocats de l'ex-boxeur attaquent aussi Leetchi pour manquement, dénonçant la clôture prématurée de la cagnotte, alors que le contrat d'utilisation de la plateforme prévoit 45 jours de collecte. À ce titre, ils réclament trois millions d’euros de dommages et intérêts. 

Quant au principal intéressé, toujours interdit de séjour à Paris, il ne sera pas présent à l’audience. Employé en tant que fonctionnaire territorial, il a passé sa dernière nuit en prison dimanche dernier et doit porter un bracelet électronique jusqu’au 6 août. Condamné à verser 2.000 et 3.000 euros aux gendarmes blessés, Christophe Dettinger a déjà indemnisé les victimes : la loi interdit de toute façon que l'argent récolté par des dons puisse être utilisé dans le cadre de l'application d'un jugement. 

Europe 1
Par Chloé Triomphe, édité par Margaux Lannuzel