Les légumes produits sous des serres chauffées peuvent-ils être bio ?

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Une partie des acteurs de la filière biologique estiment que la contre-saisonnalité, qui consiste à faire mûrir artificiellement des fruits et des légumes, trahit l'esprit du bio mais pose également des interrogations d'ordre environnemental. 
ENQUÊTE

L'agriculture biologique doit-elle forcément être de saison ? Faut-il interdire la production de fruits et légumes bio sous serres chauffées ? Depuis quelques mois, la question divise le monde agricole français. Le comité national de l'agriculture biologique doit se prononcer jeudi sur l'utilisation de chauffage sous serres dans la filière bio en France. Les acteurs historiques du secteur sont notamment opposés à la volonté de certains producteurs de fruits et légumes d'"industrialiser" la filière en chauffant les cultures sous serres.

Le règlement européen prévoit que la production bio doit respecter les cycles naturels des saisons et faire une utilisation responsable de l’énergie. Néanmoins, il existe aujourd'hui en France une quarantaine de serres chauffées qui abritent des tomates ou des concombres labellisés agriculture biologique. Et les projets continuent de se multiplier un peu partout. De cette manière, les cultivateurs obtiennent des tomates hors-saison, dès la fin du mois de mars. Ceux qui défendent cette méthode de production expliquent qu’elle permet d'avoir des produits français, plutôt que des importations.

Ainsi, pour Jean-Luc Roux, qui produit chaque année 600 tonnes de tomates bio à Cavaillon dans le Vaucluse, l’utilisation des serres chauffées est le seul moyen pour proposer un produit local et gustatif dès le début du printemps. "Si demain on ne peut plus chauffer les serres, cela veut dire qu’au mois d’avril et de mai, le consommateur aura pour seul choix d’acheter de la tomate espagnole, extrêmement moins qualitative que la nôtre", fait-il valoir auprès d'Europe 1.

La question des émissions de CO2

Selon l'Ademe, l'agence de l'environnement, une tomate produite en France sous serre chauffée émet huit fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate produite en France en saison. "Il y a des consommateurs qui demandent encore des tomates toute l’année. Ces tomates-là pourraient être importées de très loin dans le monde. Est-ce que l’impact en termes d’émissions de CO2 ne serait pas plus élevé que celui des tomates qui poussent en France, sous serres ?", a voulu nuancer au micro d’Europe 1 Brune Poirson, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Ecologie.

De son côté, Jean-Luc Roux a investi depuis plusieurs années dans une chaudière biomasse qui fonctionne au bois. Elle produit de la chaleur grâce à de l’eau qui passe dans un réseau de 25 kilomètres de tuyaux, posés aux pieds des plans de tomates pour réchauffer l’atmosphère ambiante. "Si on chauffe 100% de notre production avec de la biomasse, on est à 490 grammes de CO2 par kilo de tomates produite. Avec une tomate qui vient d’Almeria [dans le sud de l’Espagne, ndlr], compte-tenu de son bilan carbone de production et du transport, on est au même niveau", calcule-t-il.

Une menace pour l'équilibre du secteur ?

Mais pour d'autres agriculteurs, au-delà du débat sur les émissions de CO2, la contre-saisonnalité ne respecte tout simplement pas l'esprit du bio. Surtout, pendant l'été, les tomates et les concombres produits sous serres vont concurrencer les autres légumes bio qui auront poussé naturellement, explique auprès d’Europe 1 Arnaud Daligault, producteur maraîcher en Ille-et-Vilaine. "On aura les deux tomates présentes sur le marché et une chute vertigineuse des prix. Certains diront que ça sera à l’avantage du consommateur, mais derrière on aura un secteur en crise et des producteurs qui ne vivront pas de leur métier", avertit ce commerçant. "C’est déjà le cas avec la tomate industrielle. On n'a absolument pas envie que ce type de schéma s’applique aux producteurs bio."