Le président de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) a alerté ce vendredi 2 octobre sur les conséquences d'une augmentation des frais d'inscription à l'université pour les étudiants étrangers, comprise dans la loi "Bienvenue en France".
L'augmentation des frais d'inscription à l'université pour les étudiants étrangers risque de "renforcer le décrochage français à l'international", estime le président de l'École des hautes études en science sociales (EHESS), Romain Huret, alors qu'une partie des étudiants demandent l'abrogation de cette mesure.
"En France, je crains qu'on appauvrisse nos laboratoires, que ça n'arrive pas à résoudre non plus le problème financier des universités et que cette mesure ne fasse que renforcer le décrochage français à l'international" en matière de recherche, explique vendredi Romain Huret, auprès de l'AFP.
À l'EHESS, la moitié des étudiants, en master et en doctorat, sont étrangers, européens ou extracommunautaires. Pour 2026-2027, "le mécanisme permet d'exonérer tous nos étudiants étrangers pour cette rentrée", assure Romain Huret, et "l'an prochain nous verrons comment appliquer la loi".
"Ça peut mettre la France vraiment en difficulté"
Les étudiants mobilisés dans les universités ces derniers jours protestent, entre autres, contre la loi "Bienvenue en France" qui impose des frais d'inscription plus élevés aux étrangers extracommunautaires dans l'enseignement supérieur.
"Envisager les laboratoires sans cet apport massif d'étudiants étrangers, c'est une perte considérable (...) je pense que ça peut mettre la France vraiment en difficulté", estime Romain Huret.
"Les sciences sociales nous aident à mieux vivre"
Il plaide par ailleurs pour que "les budgets augmentent en France et ailleurs" dans la recherche, "parce que c'est toute la population qui en tirera de très grands bénéfices", déplorant que les sciences sociales en particulier soient "dévalorisées".
Elles permettent "d'éclairer toutes les tensions, toutes les difficultés de la société française" notamment "de la jeunesse", rappelle-t-il, alors le mouvement lycéen s'étend depuis une dizaine de jours.
"On caricature souvent les sciences sociales comme étant des sciences dangereuses. C'est complètement caricatural. Les sciences sociales sont très connectées aux réalités et nous aident à mieux vivre, à mieux comprendre les mondes dans lesquels nous vivons", souligne ce spécialiste de l'histoire des inégalités aux États-Unis.
La preuve, selon lui : "de plus en plus" d'entreprises demandent des formations continues à l'EHESS pour "la gestion de leur entreprise autour des pratiques des nouvelles générations" au travail.
Face aux attaques contre les sciences sociales, notamment lors de "la polémique sur l'islamo-gauchisme", Romain Huret défend "les protocoles scientifiques".
"Il faut revenir aux fondamentaux de la science. Les controverses font partie de la vie scientifique. Elles doivent avoir lieu. La seule chose dont nous devons être garants, c'est le respect des protocoles scientifiques", insiste-t-il, à la veille d'un grand forum organisé pour la fête de la science à Paris.