ENQUÊTE - Recyclage du plastique : la consigne est-elle vraiment la solution ?

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Le gouvernement y croit et affiche l'objectif des 100% de plastique recyclé d'ici 2025. Les entreprises de collecte et les collectivités territoriales sont moins enthousiastes. 
ENQUÊTE

100% de plastique recyclé en 2025, contre seulement 20% aujourd'hui : tel est l'objectif affiché par le gouvernement, qui mise beaucoup sur la consigne des bouteilles en plastique... Et rencontre des réticences à plusieurs niveaux, du côté des entreprises de collecte et de recyclage, mais aussi des collectivités territoriales. La Fédération professionnelle des entreprises du recyclage vient ainsi d'interpeller le Premier ministre Édouard Philippe, appelant plutôt à la mise en place d'un système de tri alternatif. Europe 1 a enquêté sur ces différents procédés. 

La consigne, c'est quoi ?

La consigne rappelle forcément des souvenirs à certains : la bouteille de lait vide, que les plus jeunes ramenaient pour récupérer quelques centimes et acheter des bonbons… Ensuite, elle était simplement nettoyée et réutilisée telle quelle. Mais pour le plastique, on n'imagine pas exactement la même chose. 

Pour une bouteille d'eau, par exemple, le consommateur paierait 10, 20 ou 30 centimes de plus. Une fois vide, il faudrait la ramener aux points de dépose pour récupérer cet argent. Mais ensuite, et c'est là que réside la différence principale, la bouteille ne serait pas réutilisée en tant que telle : elle serait recyclée. Pour le gouvernement, il s'agit de la principale solution incitative pour dépasser les 90% de recyclage - comme c'est déjà le cas en Allemagne, contre seulement 57% en France aujourd'hui. 

Pourquoi ça coince ? 

Premier argument avancé par les professionnels de la collecte : le manque à gagner. Avec la consigne, le tri serait réalisé par les citoyens, et cela fera moins de bouteilles en plastiques ou de canettes récoltées, donc moins de déchets à trier. Les collectivités sont elles aussi inquiètes : elles organisent la récolte, trient les déchets plastiques et revendent cette matière première. Une partie de leurs revenus pourrait donc s'envoler. 

Ces collectivités ont en outre déjà investi beaucoup d'argent dans les centres de tri, pour optimiser leur capacité à sélectionner les plastiques. Au total, 1 milliard et demi d'euros sont alloués à cela entre 2017 et 2022, dont 600 millions ont déjà été injectés. Or, avec ce projet de consigne, elles craignent qu'on leur enlève les déchets que leurs nouvelles machines cherchent en priorité. 

Y-a-t-il des alternatives ? 

Ces professionnels proposent, eux, une uniformisation du système de tri, qui varie aujourd'hui d'un région à l'autre. Mais surtout, ils veulent simplifier au maximum les consignes données aux citoyens, pour qu'il y ait le moins d'erreurs possibles. Un modèle très proche de celui déjà en place depuis plus de vingt ans à Châteauroux, dans l'Indre. 

Dans cette ville de 45.000 habitants, Europe 1 a rencontré Sébastien, qui ne se pose plus de questions au moment de jeter ses déchets. "On a, sous l'évier, une petite poubelle pour les déchets organiques, et une deuxième qui sert pour tout ce qui est déchets secs", explique-t-il. "Il y a des bouts de plastique, des emballages de yaourts, du carton... C'est naturel, on sait ce qui va dans quoi." 

Comment réduire les erreurs de tri ? 

"Sec ou humide", "pourrit ou ne pourrit pas" : voilà les distinctions auxquelles doivent simplement penser les Castelroussins. "On se soustrait à l'erreur de tri de l'usager", explique Jérôme Prot, directeur du syndicat de traitement des ordures de la ville. "On a vraiment deux flux : d'abord l'humide, et par définition, comme on met tout le reste dans le sec, on n'a pas d'erreur."

Cette consigne de tri, alliée aux 800.000 euros d'investissement pour acheter de nouvelles machines, comme un trieur optique pour différencier les plastiques, ont amélioré le taux de recyclage. Résultat : 65% de ce qui rentre dans le centre de tri est recyclé, ce qui fait de Châteauroux une très bonne élève. Elle remplit déjà l'objectif de la loi de transition énergétique avec cinq ans d'avance. 

Pour le maire (LR) Gil Avérous, le concept de consigne plastique ne présente donc que peu d'intérêt. "Si on déployait le système retenu à Châteauroux sur tout le territoire, on arriverait à des taux de recyclage qui seraient très satisfaisants", explique-t-il. "Si on met des consignes sur tous les produits, c'est intenable. Je crois qu'il faut repartir sur le bon sens : qui est capable de trier au mieux ? Des professionnels et pas le citoyen, il faut simplifier le geste de tri pour le citoyen, au maximum." La ville communique ainsi ses consignes dans les cinémas, sur internet et dans les écoles, dès la maternelle. 

Quid des déchets "hors foyer" ? 

L'un n'empêche pas forcément l'autre : le projet de loi qui sera étudié en conseil des ministres dans une dizaine de jours prévoit de se rapprocher du modèle de Châteauroux, avec une harmonisation dans toute la France des couleurs et des extensions de consignes de tri. Dans plusieurs grandes villes, comme à Paris, c'est déjà le cas : le bac jaune reçoit maintenant tous les emballages (cartons, plastique, alu...), se rapprochant du concept de déchets secs. 

Une importante marge de manœuvre demeure cependant pour les déchets "hors foyer", comme les emballages de nourriture achetés dans les fast-foods, par exemple, que l'on jette dans les poubelles de rue. Dans les grandes villes, seulement une bouteille en plastique sur dix est recyclée : on est très loin du compte. C'est là que la consigne à la française, dont les contours restent encore à déterminer, doit intervenir.