Ecrans : comment aider son enfant en bas-âge à "déconnecter" ?

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L'exposition des enfants de moins de 3 ans aux écrans est de plus en plus précoce et de plus en plus répétée, selon une étude de l'Inserm.

Dès l'âge de 2 ans, voire de 12 mois, de plus en plus de nourrissons sont biberonnés aux écrans. D'après une étude de l'Inserm/Ined dévoilée par Europe 1 mardi, deux-tiers des tout-petits regardent en effet la télévision chaque jour, et 20% "jouent" avec une tablette ou un smartphone au moins une fois par semaine. De mauvaises habitudes, nuisibles à la santé, selon des pédopsychiatres qui préconisent de ne pas exposer un enfant de moins de 3 ans aux écrans. Mais comment aider un tout-petit à "déconnecter" alors qu'il a déjà pris l'habitude de jouer derrière un clavier ? Plusieurs experts répondent à Europe 1.

Les parents, un modèle pour les tout-petits

Le comportement doit d'abord changer du côté des parents, selon le pédopsychiatre Daniel Marcelli. "Sans vouloir les culpabiliser, les parents ne sont pas neutres dans l'affaire. Il faut savoir que les enfants, de 6 mois à 3 ans, sont naturellement attirés par la chose qui intéresse les adultes, car les parents sont un modèle", souligne-t-il à Europe 1. Ainsi, si les parents sont, de manière répétée et durable, suspendus à leur téléphone ou à leur tablette, l'enfant aura tendance à vouloir les imiter. De fait, Daniel Marcelli appelle les parents à "ne pas utiliser leur téléphone de manière excessive" devant leur progéniture. "Mais on peut parfaitement répondre à un coup de téléphone qui dure 5 minutes", nuance-t-il.

Les jeux partagés nécessaires au développement

Alors que l'étude de l'Inserm/Ined précise que la moitié des tout-petits passe moins de 30 minutes chaque jour devant la télévision, le médecin généraliste Anne-Lise Ducanda estime pour autant que ce temps de loisirs est gâché et n'apporte rien aux enfants en bas âge. "L'enfant ne peut se développer que s'il est en interaction avec le monde réel, en trois dimensions, et avec un humain. Le bébé a besoin que son cerveau lui envoie par les cinq sens des informations, ce qui permet le développement du cerveau. Donc ces écrans sont du temps volé à toutes stimulations", explique Anne-Lise Ducanda, également membre du Collectif Surexposition Ecrans, sur Europe 1.

La règle du 3-6-9-12

D'après l'étude de l'Inserm/Ined, la moitié des enfants qui regardent chaque jour la télévision, le font pendant moins de 30 minutes. Pour Daniel Marcelli, le curseur doit être encore revu à la baisse : il est préférable selon lui de supprimer tout écran avant 6 mois, de regarder pas plus de 4 minutes par jour entre 6 et 18 mois, et pas plus de 10-15 minutes entre 18 mois et 3 ans. "Et surtout, ne le laissez jamais seul devant l'écran, et commentez après avec lui les images, parlez-en, afin de maintenir le lien humain", conseille-t-il. Le psychiatre Serge Tisseron a de son côté établi la règle "3-6-9-12", qui se résume ainsi : pas d'écran avant 3 ans, ou du moins les éviter le plus possible; pas de console de jeux avant 6 ans; pas d'Internet avant 9 ans; et Internet seul avec prudence à partir de 12 ans. Les experts rappellent par ailleurs qu'il est indispensable de sacraliser certains moments de la journée, comme les repas ou le coucher, qui doivent rester des moments sans écran, propices au dialogue.

Ainsi, les spécialistes recommandent de remplacer le plus possible le temps passé devant les écrans par des jeux avec l'enfant. "Les écrans privent d'autres activités nécessaires pour installer les capacités relationnelles de l'enfant. Il faut prendre du temps pour faire des jeux partagés, car l'être humain se construit sur ces relations intermodales", abonde auprès d'Europe 1 le psychiatre Serge Tisseron. "S'il joue tout seul avec ses jouets, ce n'est pas plus structurant pour l'enfant", souligne-t-il.

Méfiance sur les programmes dédiés aux tout-petits

Quant aux contenus numériques présentés comme "adaptés" aux enfants en bas-âge, Daniel Marcelli tient à avertir les parents : "Rares sont les programmes dédiés à la toute petite enfance à être conçus réellement en fonction de la physiologie et des besoins des tout-petits. Car un enfant a besoin qu'on lui parle lentement et de manière articulée, ce qui n'est pas le cas des vidéos vendues comme telles." Le pédopsychiatre rappelle à ce titre qu'une "exposition excessive" des tout-petits devant les écrans entraîne des "troubles du langage, des troubles de l'attention ainsi que des troubles relationnels".

Loin de présenter les écrans comme quelque chose de "toxique" pour les petits, Serge Tisseron veut quant à lui se montrer rassurant auprès des parents. Rien n'est irrémédiable : les enfants en bas âge peuvent rapidement changer leurs mauvaises habitudes, selon lui. "La télévision est souvent un choix par défaut, qui soulage les parents. S'il n'a connu que la télévision, l'enfant ne voudra pas qu'on lui lise un livre car il ne connaît pas. Les parents doivent ainsi habituer leur enfant dès le plus jeune âge à lire un livre, et il voudra lire des livres."

 

Les trois choses à retenir :

- Les pédopsychiatres recommandent d'éviter autant que possible l'exposition des tout-petits aux écrans.

- Les parents doivent limiter l'utilisation de leur smartphone face à un enfant de moins de 3 ans, qui va avoir tendance à les imiter.  

- Pour se développer, un bébé a besoin de faire de jeux partagés en interaction avec un adulte. 

Europe 1
Par Mathilde Belin