Drame d'Avignon : la police face au "sentiment d'une chaîne pénale qui ne fonctionne pas"

, modifié à
  • A
  • A
Les syndicats de policiers ont rendez-vous lundi avec Jean Castex à Matignon. 3:00
Les syndicats de policiers ont rendez-vous lundi avec Jean Castex à Matignon. © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
Partagez sur :
Un hommage est rendu ce dimanche après-midi à Avignon à Eric Masson, ce policier de 37 ans tué par balles mercredi. "Il y a un sentiment d'inefficacité ou de chaîne pénale qui ne fonctionne pas", souligne David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale française, dimanche sur Europe 1.
INTERVIEW

Les syndicats de police rendront hommage dimanche à 14 heures devant le commissariat d'Avignon à Eric Masson, ce policier de 37 ans tué par balles mercredi lors d'un contrôle dans un lieu de trafic de drogue de cette ville. Ce dimanche, l'heure est donc au deuil pour les policiers. Mais lundi soir, leurs syndicats auront un rendez-vous avec le Premier ministre Jean Castex - qui a déjà annoncé 10 millions d'euros notamment pour "renforcer la sécurité des commissariats de police" - à Matignon.

Un drame "inacceptable"

Pour David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale française (SCPN), le drame d'Avignon, qui a suivi celui de Rambouillet au cours duquel une policière de 49 ans a perdu la vie, est "inacceptable" et "pose quand même une grande question sur l'efficacité de la chaîne pénale".

"Quand un magistrat du parquet n'a que dix places de comparutions immédiates dans une journée et qu'il a 200 gardes à vue à traiter (...), il est contraint en début de journée de faire une gare de triage. Celle-ci renvoie des gens chez eux qui sont convoqués trop tard, beaucoup trop tard. Et il y a un sentiment d'inefficacité ou de chaîne pénale qui ne fonctionne pas", illustre-t-il au micro d'Europe 1 dimanche.

"Les magistrats et la police nationale manquent largement de moyens"

"Avant la réponse pénale, il faut que la chaîne pénale fonctionne" ajoute-t-il. "La police nationale en est un des maillons. Ensuite, il y a les maillons de la justice et de l'administration pénitentiaire." Or, selon lui, "l'arsenal juridique n'est pas toujours adapté et les magistrats, comme la police nationale, manquent largement de moyens pour faire tourner une justice qui commence aujourd'hui à patiner".

"En France, il y a beaucoup d'automaticité au bénéfice des délinquants. Il y a des remises de peine, des réductions automatiques, des aménagements de peine... Il y a des automaticités qu'on peut comprendre pour réinsérer dans la société. En revanche, ça manque d'automaticité pour ceux qui commettent l'irréparable et l'inacceptable", estime David Le Bars. Pour lui, il faut donc non seulement "parler de sévérité" mais aussi "donner les moyens" à cette chaîne pénale.

"Il faut ouvrir les yeux"

"Si le décès tragique d'Eric doit servir à prendre des mesures, nous serons satisfaits que cet évènement dramatique ait permis d'enclencher quelque chose", ajoute-t-il. "Mais vous savez, il y a eu beaucoup d'évènements dramatiques et il n'est pas normal que ce soient les événements dramatiques qui fassent prendre conscience de l'état de la société. Il faut ouvrir les yeux et prendre les mesures nécessaires, qui sont aussi celles que la population attend."

Europe 1
Par Jonathan Grelier