Des milliers de cours d'eau disparaissent des cartes préfectorales françaises

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Ruisseau rivière cours d'eau 2000*1000 2:24
La loi prévoit une zone d'interdiction d'épandage de pesticides à proximité des cours d'eau. (Image d’illustration) © PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP
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Des ruisseaux disparaissent par milliers des cartes préfectorales dans certains départements, sous la pression de certains lobbies, ce qui a pour conséquence de limiter les contraintes en matière d'épandage de pesticides.
ENQUÊTE

Dans les campagnes, des milliers de cours d'eau ont été volontairement rayés des nouvelles cartes préfectorales. Cette disparition administrative est synonyme de feu vert pour épandre des pesticides. Car suivant la même logique que pour les zones de non-traitement aux pesticides à proximité des maisons, les cours d'eau sont protégés, avec une interdiction d’épandage de quelques mètres autour d'eux. Or, les lobbys agricoles ont fait pression pour faire gommer ces cours d’eau de certaines cartes.

Il s’agit généralement de mares, d’étangs, ou de petits cours d'eau qu'on ne remarque pas toujours mais qui sont cruciaux dans le réseau d'eau. Ainsi, à Neuillé-le-Lierre, à 25 km de Tours, les fossés qui bordent les grands champs de blé jouent un rôle essentiel dans l’irrigation. "Désormais, il est possible d’appliquer des pesticides à moins d’un mètre de ces fossés. Et comme ils se jettent dans les rivières en aval, on va se retrouver avec des concentrations de pesticides largement au-delà des seuils autorisés", assure à Europe 1 Damien Avril, de l'association de défense de l'environnement SEPANT. Il pointe "à la fois un risque pour la consommation humaine de l’eau, mais aussi pour la biodiversité."

45 départements concernés

Les associations voient dans ces nouvelles cartes un permis de polluer. En Indre-et-Loire, les concentrations de pesticides explosent. Elles dépassent de quatre fois les seuils de recommandation de l'OMS, selon les calculs des ONG.

Cette disparition administrative des petits cours d’eau concerne au moins 45 départements sur 101. Les ONG de défense de l'environnement déposent des recours à chaque fois. Elles ont déjà remporté des victoires dans huit départements, de l'Ain à la Haute-Savoie. Les autres décisions sont attendues dans les semaines qui viennent. Rien que pour l'Indre-et-Loire, sur 7.400 km de cours d'eau et fossés répertoriés jusqu’à présent, 3.200 km ont été purement et simplement effacés, soit 43% du réseau d'eau du département qui a disparu.

Europe 1
Par Virginie Salmen, édité par Romain David