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Romain Rouillard (propos recueillis par Simon Barbin) / Crédit photo :
Mère de deux enfants, Lisa, qui réside en Nouvelle-Calédonie depuis dix ans, décrit la peur permanente dans laquelle sont plongés les habitants depuis le début des émeutes lundi dernier. Malgré la présence de 2.700 militaires arrivés cette semaine, les riverains sont pétrifiés.

Au sixième jour des émeutes en Nouvelle-Calédonie, la situation explosive est désormais jugée "plus calme" par les autorités. Elle reste néanmoins extrêmement tendue dans cet archipel du Pacifique où une sixième personne a trouvé la mort la nuit dernière tandis que deux autres ont été blessés dans des échanges de tirs. 

Plusieurs centaines de personnes, opposées à l'élargissement du corps électoral sur l'île, ont pillé et incendié plus de 80 % des commerces, d'après la Chambre de commerce et d'industrie, obligeant les habitants à se calfeutrer chez eux. Malgré la présence de 2.700 militaires arrivés cette semaine, les riverains sont pétrifiés, voire en colère, à l'image de Lisa, dont Europe 1 a recueilli le témoignage.  

"Nous sommes livrés à nous-même" 

Arrivée sur le territoire ultra-marin il y a dix ans, elle se dit "épuisée" par la situation. "Depuis lundi soir, on ne dort pas", se désole cette habitante, selon qui "rien n'a changé" depuis le début des émeutes lundi dernier. "On est toujours sur notre presqu'île avec les maris devant et nous seules le soir avec les enfants. Les sacs sont prêts, mais on n'a pas vu un char, on n'a pas vu un militaire ou les gendarmes. Nous sommes livrés à nous-même depuis lundi soir", assure-t-elle. 

 

Lisa peine à cacher sa rancœur vis-à-vis des autorités. "Je ne sais pas, peut-être qu'il faudrait porter plainte contre l'État pour non-assistance ? L'État est censé protéger ses citoyens, non ?", peste cette mère de famille, soucieuse de préserver la sérénité de ses enfants. "Avec des amis que l'on héberge, car ils ne veulent pas rester seuls, on a dit à mes filles qui ont 7 et 12 ans que dès que les papas nous appellent, il faudra que l'on parte très doucement dans la mangrove. Je leur ai dit 'on va devoir se couvrir, ça va durer longtemps, mais surtout, il ne faudra pas pleurer'. Et à ma grande de 12 ans, je lui ai dit 'Tu tiendras le museau de la chienne, il ne faudra pas qu'elle aboie'". 

Malgré tout, l'angoisse demeure. "Depuis lundi soir, on fait des nuits blanches... De toute façon, dès qu'on sort, on est pétrifiés", conclut Lisa, la voix tremblante. La maire de Nouméa a estimé ce samedi que l'archipel était encore loin d'un "retour à l'apaisement".