Après une semaine de tensions, une opération d'évacuation des toxicomanes installés dans les secteurs des jardins d'Éole et de Stalingrad a eu lieu à Paris
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Caroline Baudry et Jacques Serais , modifié à
Après une semaine de tensions, une opération d'évacuation des toxicomanes installés dans les secteurs des jardins d'Éole et de Stalingrad à Paris a eu lieu ce vendredi. Cette opération suffira-t-elle à régler le problème ? Les habitants du secteur, associations et personnalités politiques ne sont pas tous convaincus.
DÉCRYPTAGE

Les riverains du nord-est parisien vont-ils finalement pouvoir souffler ? Une opération d'évacuation des toxicomanes a eu lieu dans le secteur des jardins d'Éole et de Stalingrad ce vendredi. Environ une centaine de personnes ont été réorientées par les forces de l'ordre. Les toxicomanes étaient installés sur le trottoir rue Riquet (XIX arr.) dans des tentes ou des abris de fortune, le long du grillage d'un jardin public.

Un déplacement temporaire dans le 19ème arrondissement

Les toxicomanes ont été placés dans six bus afin d'être envoyés place Auguste Baron, vers Porte de la Villette (XIX arr.). Un secteur sans riverains aux abords immédiats, selon la préfecture de police. De l'eau et des sanitaires devraient être mis à disposition par la mairie de Paris, qui dénonce de son côté le manque de concertation des élus du 19ème arrondissement. 

Sur place, le premier adjoint, Emmanuel Grégoire a indiqué vouloir trouver une solution pérenne avec l'ensemble des pouvoirs publics pour que cette évacuation ne reconstitue pas une colline du crack ailleurs dans Paris.

"Qui dit qu'ils ne reviendront pas ce soir ou demain ?"

Les habitants du secteur ne sont pas tous convaincus par cette opération comme le témoigne un riverain sous le pseudonyme de Stalincrack au micro d'Europe 1. "C'est une bonne chose cette évacuation, parce que cela fait plus de 70 jours que ce campement existe et nous fait vivre un enfer. Après, je peux ne pas me réjouir de cette évacuation car il n'y a pas d'associations à l'endroit où les toxicomanes ont été déplacés. Qui dit qu'ils ne reviendront pas ce soir ou demain ? On attend de voir", explique-t-il. 

L'habitant décrit une situation infernale, devenue une habitude pour les riverains du secteur, "le quotidien est violent. Quand on sort, on se fait agresser. Il y a des vols, des viols et des morts. On vit tout ça en plein Paris en 2021. C'est un peu choquant."

"Une patate chaude que tout le monde se refile"

Comme pour beaucoup, cette évacuation est une bombe à retardement. "C'est une espèce de patate chaude que tout le monde se refile. On déplace le problème à chaque fois. Depuis ce matin, il y a beaucoup de gens qui viennent, qui n'étaient pas là pour l'évacuation et qui sont un peu perdus, qui ne savent pas où aller. Les policiers les envoient à pied vers le nouveau emplacement", indique le riverain. 

Quelle est la solution pour remédier ce problème selon les habitants du secteur ? "La plupart d'entre eux veulent être soignés. C'est ça qui est paradoxal. Mais tout ce qui est mis en place est un peu sous doté pour les aider", explique Stalincrack. 

Querelles administratives

Du côté politique, le gouvernement et la mairie de Paris se renvoient la responsabilité régulièrement depuis plusieurs mois. La mairie de Paris accuse le gouvernement de ne pas avoir été prévenue suffisamment à l'avance de cette évacuation. Une action expresse de Beauvau pour ne pas laisser le champ à Anne Hidalgo, qui est désormais en campagne pour la présidentielle, comme l'explique Jacques Serais du service politique d'Europe 1.

Le préfet de police est conscient que cette solution demeure temporaire. La mairie de Paris se dit quant à elle soulagée, même si elle regrette que la mise à l'abri ne soit pas organisée. Mais le gouvernement a retorqué que la mise en place de salles d'accueil incombe à la mairie. Les querelles entre administrations restent les mêmes, à la seule différence que c'est un nouveau quartier qui va devoir subir cette situation.