La France 21ème dans la lutte contre la corruption : "Ce n'est pas formidable, mais..."

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L’ONG Transparency International dresse chaque année un bilan du ressenti de la corruption dans chaque pays. En 2018, la France a gagné deux places par rapport à 2017.
INTERVIEW

La France progresse-t-elle en matière de lutte contre la corruption ? Elle gagne en tout cas deux places - à la 21ème place derrière le Japon et devant les Etats-Unis - dans le classement mondial de perception de la corruption que publie chaque année depuis 1995 l'ONG Transparency International. "Pour nous, c'est mieux. Ce n'est pas formidable, naturellement, mais il faut aussi relativiser la valeur de ce classement. Ce qui est important, c'est la progression que nous réalisons et qui est tout de même significative", s'est félicité mardi Charles Duchaine, directeur de l’Agence française anticorruption, au micro de Matthieu Noël sur Europe 1, quelques minutes après la révélation du classement 2018.

Deux-tiers des pays sous la barre des 50. L’indice de perception de la corruption - qui ne fait pas état d'une corruption réelle mais d'un ressenti - est calculé par Transparency International sur la base de 13 enquêtes et évaluations d'experts qui se sont penchés sur la corruption des administrations publiques dans 180 pays. Est ensuite attribué un score global qui va de zéro (très corrompu) à 100 (très peu corrompu). Alors que deux-tiers des pays se situent sous la barre des 50, le Danemark et la Nouvelle-Zélande caracolent en tête du classement avec 88 et 87 points. À l'inverse, la Somalie, le Soudan du Sud et la Syrie se situent en bas de l'échelle avec respectivement 10, 13 et 13 points.

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Un élément de mesure à prendre avec des pinces. "La difficulté de notre métier est précisément de lutter contre un phénomène pour lequel nous n'avons pas de thermomètre", pointe Charles Duchaine. "La corruption ressentie, c'est très subjectif. Il ne faut pas y attacher plus de valeur que ça en a, mais, à défaut d'autres mesures, ce ressenti est un élément intéressant qui doit nous amener à essayer de faire mieux", explique-t-il. Pour ce responsable, les critères de mesure retenus par Transparency International peuvent aussi faire débat. "On peut s'interroger sur la place qu'occupent certains pays, et qui sont peut-être plus vertueux que nous en matière d'anti-corruption, mais qui ont des pratiques en matière financière qui peuvent interroger".

La France, minée par une "corruption douce". Charles Duchaine estime que les administrations publiques françaises sont d'abord menacées par une forme de corruption particulièrement difficile à déceler, car rampante, et qu'il qualifie de "corruption douce". "La corruption douce est celle qui est faite de petits arrangements, trop longtemps tolérés par la pratique, mais qui finissent par miner les fondements de nos institutions", relève-t-il. "C'est par exemple, un élu qui, par clientélisme, va recruter des gens sans se préoccuper de leurs compétences professionnelles. C'est le fonctionnaire public qui va consacrer l'essentiel de son temps dans des interventions dans des universités et des écoles, au détriment de la mission pour laquelle lui est payé, et parfois bien payé", détaille-t-il. "Je pense que c'est surtout ça qui peut miner les institutions en France, plus que la corruption lourde qui existe parfois également en France, mais de manière systémique dans certains pays."

Parmi les grands perdants du classement : les Etats-Unis. Avec une chute de quatre points, pour arriver au score de 71, les Etats-Unis sortent de la liste des 20 pays les moins corrompus de la planète. Transparency International y pointe dans son communiqué "une érosion des normes éthiques dans les plus hautes sphères du pouvoir".

Europe 1
Par Romain David