Contenus haineux sur Internet : "Je signale des messages 'va mourir sale pédé!'... et on me dit qu'aucune règle n'a été enfreinte", déplore Christophe Beaugrand

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L'animateur de TF1 Christophe Beaugrand est régulièrement la cible de messages homophobes sur les réseaux sociaux. 3:00
L'animateur de TF1 Christophe Beaugrand est régulièrement la cible de messages homophobes sur les réseaux sociaux. © Europe 1
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Après la présentation à la majorité de la proposition de loi contre la haine en ligne, l'animateur de TF1 Christophe Beaugrand témoigne au micro de Wendy Bouchard des insultes homophobes dont il est la cible et de l'absence de sanction de Twitter.
INTERVIEW

Suivi par près de 94.000 abonnés sur Twitter, Christophe Beaugrand est régulièrement victime d'insultes et de propos homophobes sur les réseaux sociaux. Au lendemain de la présentation de la proposition de loi contre la haine en ligne, l'animateur de TF1 témoigne au micro de Wendy Bouchard mardi de l'absence de réponse apportée par les plateformes à ces messages.

Devenu une cible privilégiée. Pour Christophe Beaugrand, tout a commencé lorsqu'il a évoqué son homosexualité sur les réseaux sociaux. "J'ai pris position, à l'époque du débat en faveur du mariage pour tous, et j'ai parlé de mon homosexualité médiatiquement pour contribuer à lutter contre l'homophobie et les clichés" confie-t-il sur Europe 1. "Je suis alors devenu la cible privilégiée de réseaux souvent liés à la fachosphère d'Internet".

Quand "va mourir sale pédé" n'enfreint pas les règles de Twitter. Face à ces messages d'insultes, Christophe Beaugrand se sent démuni dans la réponse apportée aujourd'hui par les plateformes. "Chaque fois que je reçois un message de haine, je le signale à Twitter pour faire fermer les comptes. Et neuf fois sur dix, je reçois une réponse en anglais qui assure qu'il n'y a pas de violation des règles", et ce, même lorsqu'il signale des messages clairement homophobes comme "'Va mourir sale pédé!'. "C'est surréaliste", déplore l'animateur. "J'ai essayé plusieurs fois de contacter Twitter France et je n'ai jamais eu de réponse." 

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

"En tant que femme, noire, politique, j'en subis tous les jours". "C'est une situation que je comprends tout à fait", répond Laetitia Avia, la députée LREM et rapporteuse de la proposition de loi invitée de Wendy Bouchard. "En tant que femme, noire, politique, venant de banlieue, je subis tous les jours des insultes et souvent dans un même message qui regroupe le tout. Et ces réponses de Twitter disant que ce n'est pas inapproprié, ça fait mal", confie t-elle.

De l'importance de la pédagogie. Quant à quitter les réseaux sociaux pour éviter ces injures, comme l'a fait le chanteur Christophe Willem en 2016, l'animateur de TF1 ne s'y résout pas. "Je peux comprendre les gens qui n'ont pas envie de subir ce torrent de haine. Mais il y a aussi beaucoup de positif [sur les réseaux sociaux]."

Christophe Beaugrand pense que la pédagogie pourrait améliorer les comportements sur Internet. "Quand les gens ne sont pas très agressifs, j'essaie d'entrer en communication avec eux pour leur faire prendre conscience de ce qu'ils disent. Une éducation à l'utilisation des moyens numériques et aux conséquences que les mots peuvent avoir est nécessaire", plaide-t-il.

Des sanctions suffisamment importantes pour être dissuasives

La proposition de loi contre la haine en ligne prévoit d'importantes sanctions envers les plateformes qui ne suppriment pas suffisamment rapidement des contenus clairement haineux. Ainsi, les grands réseaux comme Facebook, Twitter, Instagram, Youtube, Linkedin devront supprimer les injures 24 heures après un signalement sous peine de se voir appliquer une amende à hauteur de 4% du chiffre d'affaires, soit des milliards d'euros pour Facebook, prévoit la député Laetitia Avia. "C'est une sanction dissuasive", précise-t-elle. "Car à chaque fois qu'une amende sera infligée, cela voudra dire que les propos n'ont pas été retirés, donc ce sera un échec."

Les procédures judiciaires seront également simplifiées avec un dépôt de plainte en ligne et une procédure accélérée sans audience pour prononcer des amendes envers les auteurs de contenus illicites. Le CSA, dont les compétences seront élargies, pourra également être saisi par les internautes.

Europe 1
Par Marthe Ronteix