Comment s'organisent les pèlerinages à La Mecque

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La Kaaba, la pierre centrale que les pèlerins doivent toucher pour accomplir leur pèlerinage à La Mecque.
La Kaaba, la pierre centrale que les pèlerins doivent toucher pour accomplir leur pèlerinage à La Mecque. © AFP
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Parmi les pistes proposées au gouvernement pour réformer l’islam en France, se trouve un meilleur encadrement de l’Hajj. Car si des agréments existent, les abus restent encore nombreux.

En 2018 comme chaque année, près de 25.000 Français ont fait le déplacement en Arabie Saoudite pour le traditionnel pèlerinage à La Mecque. C’était à la fin du mois d’août, et ces pèlerins français ont dû faire appel à des agences de voyage pour organiser cet "Hadj" ("ou Hajj") si important dans la vie et le parcours de foi d’un musulman. Mais trop souvent, le flou et l’opacité demeurent sur l’organisation de ces voyages, malgré l’existence d’agréments. Un rapport signé Hakim El Karoui, un intellectuel spécialiste de l’histoire de l’islam pour l’Institut Montaigne, bientôt remis au gouvernement et révélé par Europe 1 vendredi, préconise ainsi un contrôle plus strict de l’organisation des pèlerinages. Signe que la situation actuelle n’est pas satisfaisante.

Un voyage onéreux

L’hajj ne consiste pas seulement en un déplacement à La Mecque pour toucher la Kaaba. Des parcours et des passages imposés peuvent faire durer le pèlerinage entre une semaine et un mois. Avec l’aller-retour en avion (La Macque se situe à quelques 4.500 kilomètres de Paris), l’hébergement et la restauration, la facture grimpe assez vite. En moyenne, le voyage coûte entre 5.000 et 7.000 euros, selon l’estimation de Clarence Rodriguez, spécialiste du monde arabe. "Il y a des fidèles qui économisent toute une vie pour pouvoir y participer", avait-elle précisé le 20 août sur France Info. Raison de plus pour prendre un maximum de précautions.

Une quarantaine d’agences de voyages agréées

Le ministère des Affaires étrangères glisse dans une brochure publiée sur son site des conseils pour les fidèles souhaitant accomplir leur pèlerinage. Le premier d’entre eux, c’est de s’adresser à une agence immatriculée au registre des opérateurs de voyages et de séjours. Ensuite, il faut se référer à une liste d’agences agréées par le consulat d’Arabie saoudite, en général relayées par des sites spécialisés (pour 2018, ici ou ici).

Il existe une précaution supplémentaire, rappelle le Quai d’Orsay : en 2014, l’Etat a soutenu l’adoption d’une charte de la Coordination des organisateurs agréés Hadj de France. Choisir une agence de voyages signataire de cette charte est théoriquement une garantie que le séjour à La Mecque se passe bien.

Un nombre de places limité

Si tous les musulmans de France décidaient, la même année, de se rendre à La Mecque, ce ne serait pas possible, loin de là. Le nombre de places est en effet limité. Car pour des raisons de sécurité, l’Arabie Saoudite octroie en effet un nombre de visas par pays, pour réguler les venues dans la ville sainte. Concernant la France, ce sont entre 22.000 et 25.000 visas hajj qui sont délivrés chaque année. Ces précieux sésames permettent de visiter les lieux saints et d’accéder au périmètre sacré, pas de se rendre dans d’autres régions du pays. Il est délivré gratuitement par le consulat d’Arabie Saoudite via les agences de voyage agréées.

Un manque de contrôle et des fraudes trop nombreuses

Si l’auteur du rapport bientôt remis au gouvernement préconise un changement de règle, c’est que le manque de contrôle est patent. Europe 1 s’est rendu jeudi dans une agence de voyages située à Clichy et dont les employés étaient persuadés qu’elle était agréée, alors qu’il n’en est rien. Les conséquences peuvent être terribles. Alors que bien souvent, ils ont économisé de longs mois, voire de longues années, pour se payer le voyage, des fidèles peuvent tout perdre. Des victimes se sont constituées en association, l’Acef (Association culturelle d’entraide et de fraternité), qui s’est donnée pour mission de lutter contre les fraudes. Mais aussi de dénoncer les prix parfois exorbitants pratiqués pour l’Hajj.