Cinq services des urgences de l'AP-HP en grève illimitée : "On s'épuise et on se sent délaissé"

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Le personnel soignant dénonce des conditions de travail insupportables, et notamment une flambée de l’insécurité aux urgences.
REPORTAGE

Les services des urgences se mettent en grève ! Depuis lundi minuit, cinq services des urgences de plusieurs hôpitaux de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris sont en grève illimitée. Les soignants demandent une reconnaissance de la difficulté de leur métier au service des urgences, qui passe notamment par une hausse des effectifs et une augmentation de leurs salaires.

L'épuisement des équipes

De la colère et de la fatigue, c'est ce qui a poussé Nicolas à se mettre en grève, après cinq années passées à travailler aux urgences de l'hôpital Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement. Le manque de moyens et de personnel au quotidien a été un déclencheur. "Je viens d'enchaîner trois week-ends d'affilée pour pouvoir avoir un week-end et partir en vacances avec ma famille. Mais je sais que quand je vais revenir, je vais devoir rattraper ce week-end", rapporte-t-il. "On bosse, on bosse, on bosse… on s'épuise et on se sent délaissé."

Une insécurité grandissante

Bleuenn, qui travaille aux urgences depuis dix ans, dénonce une direction sourde et trop absente. Comme de nombreux aide-soignants, elle pointe également du doigt l'insécurité dans laquelle elle travaille, devant chaque jour s'occuper de patients en psychiatrie, violents ou alcoolisés. "Il va falloir se réveiller, ne pas attendre qu'un drame se produise, parce que c'est ce qui va arriver un jour, qu'un collègue se fasse poignarder ou étrangler", alerte-t-elle.

Il y a deux mois, elle s'est elle-même faite agresser par un homme à l'accueil des urgences. "Il a commencé à s'avancer vers nous. L'une de mes collègues a essayé de le maintenir. Il lui a tiré les cheveux. […] J'ai voulu aider ma collègue et quand je me suis avancée vers lui, il m'a donnée un très violent coup de poing en plein visage", raconte-t-elle. "Ce jour-là, il n'y avait pas d'agent de sécurité présent sur les urgences". Cet épisode traumatisant n'est pas resté sans séquelles pour la jeune femme. "J'ai eu un hématome au niveau de l'œil, que j'ai gardé pendant plusieurs semaines. Et puis, il y a aussi le psychologique : une fois que la trace est partie, celle qui est dans la tête ne part pas."

>> De 7h à 9h, c’est deux heures d’info avec Nikos Aliagas sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

Une délégation intersyndicale reçue par la direction de l'AP-HP

Outre l’hôpital Saint-Antoine, ce mouvement de grève concerne les urgences de Lariboisière (10e), de Saint-Louis (10e), de la Pitié-Salpêtrière (13e), ou encore de Tenon (20e). Une délégation intersyndicale doit être reçue dans la matinée par la direction des hôpitaux de Paris.