Cinq questions sur les "colos apprenantes", mises en place cet été

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© FRED DUFOUR / AFP
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Le gouvernement a lancé une opération baptisée "colos apprenantes", des colonies de vacances à visée éducative et pédagogique. L’objectif : remédier aux effets du confinement sur la scolarité de certains enfants, notamment des quartiers populaires.  
DÉCRYPTAGE

Chaque année, des dizaines de milliers d’enfants découvrent les joies des colonies de vacances. Mais pour certains d’entre eux, cet été s’annonce particulier, après plusieurs mois de confinement qui a entraîné un important décrochage scolaire. Face à ce constat, le gouvernement a décidé de lancer cet été une opération "colos apprenantes", depuis début juillet jusqu’à la fin mois d’août. L’objectif : aider des enfants, notamment de banlieue et de quartiers difficiles, à se remettre des effets du confinement à travers des activités pédagogiques et ludiques, juste avant la rentrée scolaire.  

Jean-Benoît Dujol, directeur de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative, et délégué interministériel à la Jeunesse, a expliqué le concept de ces "colos apprenantes", lundi matin sur Europe 1.

Quel est le concept de ces "colos apprenantes" ?

Ces colonies de vacances "apprenantes", qui bénéficient d’un label délivré par l’État, mettent l’accent sur les apprentissages et la pédagogie. Mais attention : il n’est pas question de remettre les enfants dans des salles de classe. "Ce sont avant tout des colonies de vacances, des séjours collectifs à la mer, à la montagne ou à la campagne, avec des activités ludiques et culturelles, et la vie au plein air. Ça fait des souvenirs pour la vie", assure Jean-Benoît Dujol. "Il n’y a pas de papier, de stylos et de cours magistraux. On veut développer les attitudes nécessaires aux apprentissages, comme la curiosité et l’écoute. On veut travailler des compétences fondamentales de la réussite, comme comprendre et savoir s’exprimer".

Mais l’esprit des colonies de vacances classique n’est pas fondamentalement bouleversé par ce concept. "Les colonies de vacances, apprenantes ou pas, ont forcément une dimension éducative et pédagogique. On a voulu renforcer cette dimension-là. A travers des activités culturelles et ludiques, on leur offre l’opportunité de renforcer un peu leurs connaissances. Mais on reste sur les fondamentaux des colonies de vacances : la convivialité, l’amitié, l’autonomie, la vie collective et la découverte", promet le délégué interministériel à la Jeunesse.

Combien ça coûte ?

L’objectif du gouvernement, qui a mis 200 millions d’euros sur la table, est de prendre en charge les vacances de 250.000 jeunes, dont 200.000 des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Ces colos sont donc totalement gratuites pour les familles éligibles, avec une aide de l’Etat qui peut atteindre 80% du coût total (dans la limite de 400 euros par mineur et par semaines), les 20% restants étant à la charge des collectivités partenaires.

"Les familles ne paient rien", résume Jean-Benoît Dujol. "C’est une opportunité formidable pour les familles et les enfants concernés. Pour la première fois, l’Etat va s’engager aux côtés des collectivités locales pour offrir des vacances à un grand nombre d’enfants", se réjouit-il.

Quel est l’objectif pédagogique ?

Si les colonies de vacances ont également une visée éducative, ces "colos apprenantes" entendent mettre particulièrement l’accent sur le côté pédagogique. Avec cette opération, le gouvernement espère remédier aux effets du confinement, notamment le décrochage scolaire, dans l’optique de la rentrée de septembre.

"Les enfants et les jeunes ont été particulièrement affectés par le confinement. En dépit des efforts déployés par l’institution scolaire, certains ont décroché. Il y avait le besoin impérieux de s’aérer, de rencontrer de nouvelles personnes et d’apprendre", explique Jean-Benoît Dujol. "On a ciblé les catégories les plus modestes, qui concerne avant tout les enfants des milieux populaires, notamment des quartiers prioritaires. On constate évidemment des enfants très affectés par le confinement."

Quelles activités sont proposées ?

Mais alors, que vont-faire concrètement les enfants une fois sur place ? "On va faire du théâtre, de l’expression orale, de la chorégraphie. On va aussi faire des chorales, des concours d’éloquence ou des matches d’improvisation. On est sur ce genre de mises en situation éducatives, mais avant tout pour s’amuser", détaille le délégué interministériel à la Jeunesse. Les enfants vont aussi pouvoir s’exercer au tir à l’arc, ou apprendre les noms des plantes et des arbres qui les entourent.

"On est à la fois exigeant et souple sur cette dimension ‘apprenante’. On assume que ce ne sont pas des colonies de vacances comme les autres. Le renforcement et la consolidation des apprentissages sont une composante essentielle de ces séjours", poursuit Jean-Benoît Pujol. "On propose des choses ludiques et pas simplement pédagogiques. Mais on est souples aussi parce que ce sont des vacances. Les enfants, comme nous tous, ont besoin de vacances, et peut-être encore plus que les autres années."

Peut-on encore inscrire son enfant ?

Si vous ou votre enfant êtes séduits par le concept, sachez qu’il est encore possible de s’inscrire. "Beaucoup de séjours sont labellisés pour le mois d’août, on n’a pas encore fait la moitié des vacances scolaires", promet Jean-Benoît Dujol, qui donne la marche à suivre pour inscrire votre enfant. "Il faut se tourner vers sa collectivité locale, puisqu’il y a un partenariat avec les collectivités. Ce sont souvent les services jeunesse de la collectivité ou un prestataire, comme un centre social ou une association, qui vont jouer les intermédiaires."

Si toutes les collectivités ne sont pas encore partenaires du dispositif, une solution alternative a été trouvée par le gouvernement. "Nous avons mis en place une plateforme avec un partenaire, La jeunesse au plein air (sur le site jpa.asso.fr). Toutes les familles qui n’ont pas de collectivités partenaires peuvent se tourner vers La jeunesse au plein air".

Jean-Benoît Dujol espère en tout cas que les "colos apprenantes" seront amenées à se pérenniser. "Nous souhaitons que cela préfigure un soutien plus important aux colonies de vacances. Après la rentrée, nous mènerons une enquête auprès des enfants pour voir ce qui a fonctionné et ce qui peut être amélioré pour, pourquoi pas, généraliser et consolider ce concept."