Audrey, 41 ans, a fait un enfant toute seule : "Il n’était pas question que je m’assoie sur la maternité"

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Audrey voulait un enfant à tout prix. Elle s'est lancée dans l'aventure de la PMA à la suite de plusieurs déconvenues amoureuses. Traversant une "double peine", entre rupture amoureuse et baisse de sa fertilité, elle raconte à Eve Roger sur Europe 1 son parcours pour faire un enfant "toute seule". 
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Après de multiples ruptures, Audrey s’est dit qu’il était temps d’être mère, avec ou sans l’aide d’un compagnon. Habitant à Paris, elle a d’abord fait congeler ses ovocytes en Espagne, à l’âge de 34 ans, pays où l'insémination est légale. Mais après trois échecs, et à l'âge de 40 ans, elle a eu recours au double don après une "mûre réflexion". Au micro d’Europe 1, vendredi, elle raconte à Ève Roger son périple pour être mère, envers et contre tout. Cette future "maman-solo", à l’optimisme intarissable, est désormais enceinte de cinq mois et pense déjà à faire un second enfant.

"Je me suis lancée dans l’aventure à la suite d’une déconvenue amoureuse. C’était une grosse rupture, il y a presque sept ans, j’avais 34 ans à l’époque. C’était vraiment la double peine parce que non seulement c’était une rupture amoureuse mais en plus je rentrais dans la zone rouge au niveau de la fertilité. Cette double peine était très difficile à assumer.

À l’époque, donc en 2012, on n’entendait pas du tout parler de la vitrification d’ovocytes, et moi je n’avais aucune amie qui l’avait fait. J’en avais entendu parler, je pense, en lisant un article sur Internet. Comme j’allais souvent en Espagne pour mon boulot, j’ai décidé d’aller dans une clinique à Barcelone, pour congeler mes ovocytes afin de les garder pour plus tard. J’y suis allée plusieurs fois et, en tout, j’ai congelé vingt ovocytes dans cette clinique. À l’origine, c’était pour préserver ma fertilité pour plus tard, en espérant rencontrer un autre amoureux.

J’en ai rencontré un autre, mais ça s’est à nouveau fini avec rupture, il y a un peu plus d’un an. À ce moment-là, je me suis dit qu’il était temps d’agir. J’avais 40 ans, j’avais longuement réfléchi et je me sentais prête à avoir un enfant. Il n’était pas question que je m’assoie sur la maternité, c’était impossible. J’ai pris un avion pour Barcelone, et puis catastrophe : la clinique avait perdu la moitié de mes ovocytes. Ils n’ont jamais été capables de m’expliquer ce qui s’était passé. C’était un gros coup de théâtre, dans le mauvais sens du terme. C’est un peu le problème quand on va à l’étranger : on n’a pas de recours. Donc quand il arrive quelque chose comme ça, on a que nos yeux pour pleurer. Il me restait donc dix ovocytes, qui ont donné lieu à cinq embryons. Mais aucun embryon n’a donné lieu à une grossesse.

"Le double don est une étape psychologique importante"

C’était une situation assez délicate à gérer. J’ai décidé de tout changer : j’ai changé de clinique et j’ai changé de gynécologue en France. J’ai refait toutes les analyses pour mesurer mon taux de fertilité, puisqu’on peut le mesurer grâce à l’hormone anti-Müllérienne (AMH). Évidemment, entre-temps mon taux de fertilité avait dégringolé. J’avais 40 ans donc il était assez faible, ce qui est normal à cet âge. Mon gynécologue m’a expliqué que j’avais 10% de chances d’avoir un enfant avec mes gamètes. Donc je pouvais tenter le coup, mais avec 10% de réussite et un traitement assez lourd. Ou alors, il y avait l’alternative du double don, c’est-à-dire le don d’ovocytes et don de sperme. Là les chances étaient de l’ordre de 60%. Tout ça, c’était en Espagne puisque c’est interdit en France. Mais comme 60% de chance ce n’est pas 100%, ça n'a fonctionné qu’au bout de la troisième fois.

Aujourd’hui, je suis enceinte et je me sens très bien. Je pense que le double don est une étape psychologique importante. Ça implique tout de même d’abandonner entre guillemets son patrimoine génétique, ce qui est un vrai sujet. Je pense que ça demande une mûre réflexion, il faut être prêt à tout ça. Ce sera tout de même mon enfant, mais je ne pourrai jamais retrouver en lui les yeux de ma mère, les jambes de mon père ou mes cheveux. Ça ne me fait pas de peine car j’ai passé ce cap.

J’ai la chance d’être très entourée, c’est très important. J’ai une famille qui me soutient beaucoup et j’ai surtout des amis qui sont très présents. Je pense déjà beaucoup à avoir un second enfant, mais c’est pour des raisons personnelles. Je suis moi-même fille unique et je pense que c’est quelque chose qui n’est pas très drôle. On va déjà terminer le premier enfant, on verra ce que ça donne. Et puis je pense que personne n’est célibataire toute sa vie, je n’ai pas du tout l’intention de le rester. À Paris, il y a énormément de familles recomposées, je pense que je vais tout naturellement rentrer dans ce schéma-là."