Olivier Vial, directeur du CERU, le Centre d'Etudes et de Recherches universitaire, explique dans "Christine Kelly et vous" les principaux facteurs qui peuvent pousser une personne à commettre un attentat.
Qu'est-ce qui a poussé vendredi Kevin T., principal suspect dans l'attentat raciste de Trappes, à piéger son appartement, monter à bord de son véhicule dans le but de tuer des gens en fonction de leur couleur de peau ou de leur religion ?
"Il y a des schémas récurrents, et on distingue quatre facteurs qui facilitent le passage à l'acte", explique dans Christine Kelly et vous, Olivier Vial.
Une résonance particulière
"Il faut tout d'abord que l'idée ou l'idéologie ait une résonance personnelle chez la personne qui va passer à l'acte, notamment parce qu'elle peut avoir une motivation de vengeance, de reconnaissance personnelle, etc.", explique le directeur du CERU, Centre d'Etudes et de Recherches Universitaires.
Mais c'est loin d'être suffisant, il faut également "la levée d'un tabou", en l'occurrence celui de "la violence comme une réponse légitime". "Donc si la barrière morale baisse, il y a plus de facilité de passage à l'acte."
L'importance de l'entourage
Troisième élément qui peut pousser un passage à l'acte, c'est l'entourage de la personne. Un entourage, qui valide ou non la violence, qui comprend les proches, mais également les "boucles numériques". Des groupes de discussion sur internet peuvent "encourager le passage à l'acte de façon consciente ou inconsciente, parce que pour beaucoup, c'est qu'un jeu, c'est que virtuel, et ils ne se rendent pas compte qu'en face, ils ont quelqu'un pour qui ce n'est pas virtuel du tout."
Enfin, il y a "la barrière matérielle qui diminue". "Si le passage à l'acte est matériellement compliqué, il y a un temps de réflexion qui peut l'empêcher. Là, en l'occurrence [pour Trappes], on a l'impression que ce jeune avait accès à des armes automatiques".
Influencé par "Mein Kampf" ?
Mais alors quid de l'exemplaire de Mein Kampf retrouvé au domicile de Kevin T. ? Est-ce que le livre d'Adolf Hitler aurait participé à convaincre le principal suspect à passer à l'acte ? "C'est parce qu'il est convaincu qu'il a Mein Kampf", et non l'inverse, répond Olivier Vial.
De la même façon le spécialiste balaie d'un revers de la main l'hypothèse d'un basculement dans une idéologie à cause des médias. "C'est totalement facile d'accuser les médias : ça ne fait que renforcer des choses qui existent déjà, toutes les études qui ont été faites sur la propagande le montrent."
Et de conclure : "Convertir quelqu'un à la violence comme ça de façon spontanée, c'est en réalité très très rare."