ARCHIVE - Un policier pour passer les témoins "à la moulinette" : en 2012, une ex-secrétaire décrivait sur Europe 1 la "méthode" Tron

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"Il se passait des parties de triolisme, effectivement", a témoigné cette ancienne secrétaire de Georges Tron (photo d'archives). 1:30
"Il se passait des parties de triolisme, effectivement", a témoigné cette ancienne secrétaire de Georges Tron (photo d'archives). © KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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Marion*, ancienne employée de la mairie de Draveil, a observé de près le "système" mis en place à la mairie de Draveil après le dépôt des plaintes visant Georges Tron, en 2011. Elle témoignera à son procès, lundi. 
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"Un système très compliqué". C'est ainsi que Marion*, ancienne employée de la mairie de Draveil, décrit le fonctionnement mis en place autour de Georges Tron en 2011, après le dépôt de deux plaintes le visant, pour viols et agressions sexuelles. En 2012, l'ex-secrétaire se racontait au micro d'Europe 1, alors que le dossier était en cours d'instruction. Lundi, elle témoignera au procès de l'édile, jugé aux assises de Seine-Saint-Denis aux côtés de son ancienne adjointe à la culture, Brigitte Gruel. À cette occasion, Europe 1 diffuse à nouveau son récit.

"On avait un policier". En 2011, Marion a observé une "méthode" se reproduisant "dès qu'un proche de Georges Tron était appelé par la police judiciaire" : "on avait un policier, qui faisait partie de l'association des amis de Georges Tron et qui passait 'à la moulinette', pour reprendre l'expression qui était usitée en mairie, ces fameux témoins." Le but ? "Leur poser toutes les questions possibles et imaginables, et élaborer un vrai système de défense pour que la PJ de Versailles n'arrive pas à tirer quoi que ce soit de ces personnes."

"Je n'ai pas percuté, je ne connaissais pas du tout Georges Tron quand je suis arrivée et je ne suis pas Draveilloise", poursuit Marion, embauchée quelques semaines avant que l'affaire n'éclate. "Donc, mon premier réflexe a été de défendre mon patron. Mais c'est vrai que tout de suite, on se dit : 'pourquoi briefer les gens alors qu'on est censé n'avoir rien à se reprocher ?' Ça m'a interpellé, mais j'ai fait le job parce qu'il fallait le faire."

"Des parties de triolisme". Le témoignage de Marion éclaire aussi sur les pratiques alléguées du maire, qui nie les viols et ne reconnaît qu'une relation extra-conjugale, malgré plusieurs témoignages d'anciennes collaboratrices. "J'ai vu trop de choses en mairie pour savoir que tout est beau, que monsieur Tron n'a rien fait et qu'on fait tous partie d'un complot", raconte l'ex-employée. "C'est absolument faux. À mon poste de secrétariat particulier, j'étais dans mon bureau, il était dans le bureau d'à côté et il se passait des parties de triolisme, effectivement. J'entendais ce qui se passait et une des personnes s'en est ouverte à moi, en me disant qu'effectivement ça s'était bien passé ce jour-là."

"Ce qui est choquant, ce ne sont pas tant ces pratiques, c'est que ça se passe en mairie avec des agents municipaux, c'est ça qui est très choquant", estime Marion. "Je pointe juste du doigt des choses qui me semblent incohérentes : pourquoi menacer les agents ? Pourquoi faire des pressions sur les personnes qui témoignent quand on est innocent ? C'est un système très compliqué en fait. Georges Tron étant encore maire, les agents ont peur et ne disent pas forcément la vérité parce que derrière, il y a des pressions. Il y a la peur de perdre quelque chose." 

De son côté, Geroges Tron a constamment réfuté les propos tenus par cette secrétaire durant l'instruction. Il assure qu'il est innocent, qu'il n'a jamais participé à des scènes de triolisme dans son bureau de la mairie de Draveil et conteste avoir donné des instructions pour faire briefer des témoins avant leurs auditions par la PJ. Pour lui, toutes ces allégations s'inscrivent dans le cadre d'un complot politique dont il serait la cible à travers cette affaire.

*Le prénom a été changé

Europe 1
Par Guillaume Biet, édité par Margaux Lannuzel