Acte 19 des gilets jaunes : comment les militaires de Sentinelle vont-ils se déployer samedi ?

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© PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Les soldats de l'opération Sentinelle ne feront pas samedi de maintien de l'ordre et ne seront en aucun cas au contact de manifestants. Mais quelle sera leur mission ?
ON DÉCRYPTE

Les syndicats de police sont rassurés. Jeudi soir, Christophe Castaner les a reçus à Beauvau pour leur indiquer que les soldats de l'opération Sentinelle ne participeront pas directement au maintien de l'ordre, samedi lors de l'"acte 19" des "gilets jaunes". Une exigence répétée vendredi par Emmanuel Macron. L'armée n'est "en aucun cas en charge du maintien de l'ordre et de l'ordre public", a répliqué le chef de l'Etat, en réponse aux critiques émanant de l'opposition. Mais que vont-ils faire exactement ? On vous explique.

Quelle sera leur mission ?

Les ministres des Armées Florence Parly et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian ont eux aussi garanti vendredi que les militaires assureront uniquement la garde de bâtiments officiels pour dégager des effectifs policiers. La participation des soldats de Sentinelle permet simplement "d'alléger les policiers et les gendarmes d'un certain nombre de tâches qu'il accomplissent communément dans la lutte contre le terrorisme", a précisé Florence Parly dans une interview au Parisien. "L'idée est donc de remplacer ponctuellement policiers et gendarmes sur des tâches que l'opération Sentinelle peut accomplir", a ajouté la ministre.

Toutefois, il ne devrait pas y avoir de soldats de la force Sentinelle aux abords de l'Élysée, de Matignon ou de l'Assemblée nationale, ces lieux symboliques du pouvoir étant trop proches des lieux de manifestations. L'idée est donc que les militaires protègent comme d'habitude des lieux "sensibles au risque terroriste". "C'est exactement la même chose que ce qui avait été décidé au mois de décembre et à plusieurs reprises par le passé, c'est-à-dire faire appel aux militaires de l'opération Sentinelle pour ce qui est leur mission, la lutte contre le terrorisme et protéger des sites sensibles, pour pouvoir décharger les policiers et les gendarmes de ces missions", a par ailleurs affirmé le président de la République lors d'une conférence de presse, vendredi à Bruxelles.

"On a été rassurés sur le fait que les militaires ne soient pas engagés en premier rang sur le maintien de l'ordre, et qu'ils seront en appui sur du 'bâtimentaire' et dans des périmètres sanctuarisés. Il n'y a donc, pour nous, plus de sujet sur l'engagement des militaires", a pour sa part noté David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des Commissaires de la Police nationale, au micro d'Europe 1.

Éviter le contact avec les manifestants

Interrogé sur RMC-BFMTV, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense au moment de l'institution de l'opération antiterroriste Sentinelle en 2015, a déclaré : "Il n'a jamais été question que les forces de Sentinelle interviennent dans le maintien de l'ordre. Ce n'est pas leur rôle d'aller au contact des manifestants". "Il n'y a pas de raison de s'inquiéter, parce qu'il n'y a pas de raison de voir des soldats de l'opération Sentinelle au contact des émeutiers. Ils n'ont pas vocation à faire du maintien de l'ordre. Ils ne sont pas entraînés, formés, équipés à cet effet", explique au micro d'Europe 1 le colonel Thomas, le porte-parole adjoint des Armées.

Si un risque de contact avec les manifestants, les soldats seront ainsi dans l'évitement, et seront immédiatement remplacés par des gendarmes mobiles. Mais selon Pierre Servent, expert en stratégie militaire, invité de Wendy Bouchard vendredi sur Europe 1, la menace est bien réelle. "Une partie de ces groupes de casseurs est extrêmement aguerrie au combat urbain, notamment les groupes d'extrême gauche. Avec cette annonce, on va désigner les militaires de Sentinelle comme un objectif majeur des émeutiers", craint-il, rappelant que des émeutiers étaient parvenus "à brûler un véhicule de Sentinelle en février." "Là, on leur met une nouvelle cible sous le nez."

Par ailleurs, "même s'il est prévu qu'ils ne soient pas au contact, il y a un autre paradoxe qui risque de choquer l'opinion publique : si des soldats de Sentinelle sont pris à partie, ils vont avoir besoin de la protection des policiers et des gendarmes, puisqu'ils n'ont pas l'ordre de réagir eux-mêmes", note Pierre Servent. Si par hasard, une confrontation entre "gilet jaunes" et militaires a lieu samedi, les règles d'engagement sont très strictes : utiliser d'abord des techniques de combat, comme le corps à corps, et ne faire usage de son arme qu'en cas de légitime défense. Et ce, après deux sommations à haute voix, comme les policiers et les gendarmes, pour arrêter un tueur en action ou une voiture folle.

Europe 1
Par Aude Leroy, avec Anaïs Huet