Le géant pétrogazier français TotalEnergies publie ce jeudi matin des résultats qui s'annoncent "exceptionnels", selon les analystes, dopés par la tension mondiale sur le gazole et la forte hausse du prix du gaz, conséquences du conflit au Moyen-Orient.
Selon le consensus d'analystes publié par l'agence Bloomberg mercredi, le bénéfice net du groupe devrait tourner autour de 8,8 milliards de dollars entre juillet et septembre, contre 3,7 milliards l'an passé sur la même période.
Il constituerait alors un record pour TotalEnergies, qui avait déjà annoncé des bénéfices très élevés pour les deux premiers trimestres 2026, à plus de 5 milliards de dollars, grâce à la hausse des prix des hydrocarbures.
En pleine crise sociale, en partie alimentée par l'envolée des prix du gazole à plus de 2,35 euros le litre, les résultats de TotalEnergies sont attendus de pied ferme par les associations écologistes et les partisans de la taxation des "superprofits" pétrogaziers.
Plusieurs ONG, dont 350.org, Action Justice Climat Paris et Attac France, ont prévu de se rassembler à proximité de l'Assemblée nationale à 8h00, heure de publication des résultats, pour demander la taxation des "superprofits et profits des entreprises fossiles pour financer les services publics, la transition écologique et le soutien aux ménages".
"À situation exceptionnelle, chiffres exceptionnels"
"À situation exceptionnelle, chiffres exceptionnels", analyse auprès de l'AFP Ahmed Ben Salem, spécialiste pétrole et gaz de la banque d'investissement Oddo BHF.
Le groupe pétrogazier a bénéficié de très bons résultats sur ses branches Gaz naturel liquéfié (GNL) et Raffinage-Chimie, explique l'analyste.
Il devrait notamment profiter des marges de raffinage record pour le troisième trimestre, annoncées à 33,2 dollars mi-octobre par le groupe, contre 13,5 dollars au deuxième trimestre.
Une conséquence de la raréfaction du gazole sur le marché, liée aux frappes sur les installations énergétiques et les raffineries en Ukraine et au Moyen-Orient, qui ont entraîné un écart entre les prix de ce carburant et le brut.
L'analyste s'attend aussi à un "doublement des profits" dans la branche Gaz naturel liquéfié (GNL), grâce à la hausse des prix du gaz et les activités de "trading" du groupe.
Mercredi, le gaz européen a dépassé les 100 euros le mégawattheure pour la première fois depuis quatre ans, conséquence des difficultés de transit des cargaisons de GNL provenant du Moyen-Orient et de stocks européens plus bas que l'an dernier à la même période.
"On est en train de devenir la marque la plus populaire du pays"
Une légère hausse sur la partie "exploration et production" d'hydrocarbures de TotalEnergies est aussi à attendre, selon l'analyste.
"TotalEnergies bénéficie de la crise grâce à son intégration : elle peut capter de la valeur au raffinage, dans le négoce (trading), dans le GNL et dans la distribution", résume à l'AFP Patrice Geoffron, économiste à l'université Paris-Dauphine-PSL.
Habitué des critiques sur ses "superprofits" lors de ses publications de résultats, le groupe s'efforce de se présenter comme protecteur du pouvoir d'achat des Français, notamment à travers le plafonnement des prix de l'essence et du gazole dans ses 3.300 stations-service françaises. Une mesure dont le coût est chiffré à environ 500 millions d'euros par le groupe.
"On est en train de devenir la marque la plus populaire du pays", a voulu croire son patron Patrick Pouyanné, dans un extrait d'une émission diffusée par Public Sénat fin octobre.
Il prévient cependant : en cas de surtaxation sur les bénéfices du groupe, "le plafond va s'arrêter".