À l'hôpital de Mamoudzou, première maternité de France : "Aux Comores, si on n’a pas l’argent, on n'est pas soigné"

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Alors qu’Emmanuel Macron est en visite à Mayotte, notamment pour évoquer la crise migratoire sur ce territoire, Europe 1 s’est rendue dans le centre hospitalier de l'île, où le personnel se retrouve en première ligne face à des clandestins qui espèrent bénéficier du système de soins français.
REPORTAGE

Emmanuel Macron est attendu mardi soir à Mayotte. Le président de la République se rend sur l’île de l'océan indien pour la première fois depuis son élection, et compte bien faire de ce voyage une vitrine de sa politique migratoire en affichant sa fermeté vis-à-vis de l’immigration venue notamment des Comores. L’île de Mayotte connait une situation explosive, face aux nombreux arrivants clandestins, la plupart attirés par le système de santé français. À Mamoudzou, le seul hôpital de l’île se retrouve ainsi en première ligne.

Chaque jour, au rez-de-chaussée du Centre hospitalier de Mayotte, 300 patients se présentent aux urgences. À 70%, ils sont étrangers, non affiliés, c’est-à-dire sans papiers. "Ils sortent de leur pays pour venir ici, pour la plupart ce sont des Comoriens. Tout le monde vient chez nous car tout le monde connait la situation de Mayotte", explique à Europe 1 Delphine Bauchot, cadre de santé dans cet établissement.

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Au CHM de Mamoudzou, quelque 300 patients se présentent chaque jour aux urgences. © Jean-Rémi Baudot pour Europe 1

"Au bloc, on fait les trucs à l’arrache"

Au deuxième étage du bâtiment, la maternité de Mayotte est devenue la première d’Europe avec 30 naissances par jour. "Aux Comores, si on n’a pas l’argent on n'est pas soigné.  Ici c’est gratuit. Je n'ai pas le choix", assure une femme comorienne qui vient d’accoucher à Mayotte de son quatrième enfant. Surtout, la pression migratoire se double d’un manque de moyens si l’on en croit le personnel.

Au troisième étage, un infirmier du bloc laisse éclater sa colère en repensant à cette jeune patiente diabétique, récemment amputée, faute de soins adéquats. "On a tellement de gens qu’on n’a pas assez de matériel. Au bloc, on fait les trucs à l’arrache. Moi je ne me ferais pas soigner ici. Si on avait autant de moyens qu’en métropole, personne ne se ferait amputer", rapporte-t-il. Le CHM de Mamoudzou reste un hôpital sous tension, mais qu’Emmanuel Macron n'a pas prévu de venir visiter.

Europe 1
Par Jean-Rémi Baudot