À l'école, "petits garçons et petites filles ne sont pas orientés vers la même chose"

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Les enseignants ne se rendent pas forcément compte que certaines des activités qu'ils proposent à leurs élèves sont genrées. Ce qui peut avoir des conséquences à plus ou moins long terme.

LE DÉBAT

"Depuis que j’ai commencé à travailler, j’ai remarqué une vraie évolution. Les enfants sont beaucoup plus ouverts, moins axés sur des activités susceptibles d’être réservées plutôt aux garçons ou plutôt aux filles." Ce constat réjouissant vient d'un professeur des écoles de Strasbourg, Yannick Kerviel, également représentant SE-UNSA et en charge de l’organisation d’un atelier de sensibilisation aux stéréotypes de genre et à l’homophobie/transphobie. Pour autant, des efforts restent à faire à l'école pour traiter les petits garçons et les petites filles de la même façon, en leur offrant les mêmes chances.

Des activités pour les filles, d'autres pour les garçons. Invité du débat d'Europe 1, jeudi midi, Yannick Kerviel, qui s'occupe d'élèves de CM1-CM2, explique que les élèves viennent tous des milieux familiaux et sociaux différents, où la culture de l'égalité n'est pas forcément de mise. "Des garçons pourraient refuser de faire certaines activités, pensant qu’elles seraient plutôt réservées aux filles, et vice-versa", constate-t-il. Et ces différences de traitement, dès l'enfance, ont des répercussions sur l'orientation et la place des femmes dans la société, à l'âge adulte, déplore Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, au micro d'Europe 1. "Ça fonctionne comme un système. Il y a une fabrication différente des sexes dès la naissance quasiment", observe-t-elle. 

Des enseignements qui façonnent l'orientation. Brigitte Grésy, auteure en 2013 d’un rapport sur "l'égalité entre filles et garçons dans les modes d'accueil de la petite enfance", a pu attester de comportements différenciés. "J’ai étudié la question dans les crèches. Les petits garçons et les petites filles ne sont pas orientés vers les mêmes choses", déplore-t-elle. Elle précise : "Aux petits garçons, on apprend davantage l’espace, les jeux de manipulation ou de construction, qui leur permettent d’avoir des capacités cognitives spéciales pour l’abstraction et les mathématiques. Aux petites filles, on leur apprend davantage les jeux de rôles ou d’imitation, qui vont les orienter davantage vers l’expression des émotions et la sphère de l’intime". Selon la spécialiste, il y a de fait "des constructions de légitimité différente, dans l’espace public pour les garçons et dans l’espace privé pour les filles".

Un référent égalité pour aider les enseignants. Pour Yannick Kerviel comme pour Brigitte Grésy, il est clair que les enseignants contribuent à cette différenciation de manière involontaire. "Ils ont des habitudes, ont vécu eux-mêmes des choses dans leurs familles, et ne se rendent pas forcément compte que les choses qu’ils proposent à leurs élèves sont genrées", juge le professeur des écoles. Tous deux se réjouissent de l'annonce du Premier ministre Edouard Philippe, sur la mise en place d'un "référent égalité" dans les écoles. "Son rôle sera double : à la fois d’assister les enseignants dans la prise en compte de ce problème, ce qui n’est pas évident. Il faut qu’ils soient bien formés à ce que sont les stéréotypes et comment ils se cachent dans des détails. Il aura aussi un rôle d’observateur pour ce qui se passe du côté des enfants eux-mêmes", souligne Brigitte Grésy.