Physique quantique : comment le superordinateur de Google pourrait améliorer la conception des médicaments

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Google a annoncé avoir expérimenté la "suprématie quantique" avec un processeur capable de faire un calcul en trois minutes au lieu de 10.000 ans. Pour Benjamin Huard, professeur à l'École normale supérieure de Lyon, cette avancée pourrait permettre de mieux concevoir les médicaments.
INTERVIEW

Il n'a fallu que 3 minutes et 20 secondes au processeur de Google pour venir à bout d'une opération extrêmement complexe, là où le plus avancé des ordinateurs actuels aurait mis… 10.000 ans. La multinationale californienne a annoncé mercredi, dans la revue Nature, avoir réalisé une avancée majeure dans le calcul quantique en concevant un "supercalculateur". "Cela a pris treize ans pour en arriver là. C'est l'étape la plus significative dans la quête de l'informatique quantique", se félicite le directeur-général de Google, Sundar Pichai, sur son blog.

Cette annonce est "un tour de force technologique", salue le chercheur Benjamin Huard, professeur à l'École normale supérieure de Lyon, au micro de Julien Pearce, dans la matinale d'Europe 1. "Les chercheurs de Google disent avoir dépassé la suprématie quantique, qui serait le moment où un processeur quantique peut calculer quelque chose qu'aucun ordinateur classique n'arrive à calculer", explique-t-il.

Des médicaments conçus plus efficacement

Difficile pour les non-scientifiques d'imaginer comment pourrait se traduire cette prouesse dans notre quotidien. Pour Benjamin Huard, l'ordinateur quantique pourrait pourtant avoir une application très concrète : une meilleure fabrication des médicaments.

"On pense que cela pourrait aider à la conception de médicaments ou de produits chimiques en prédisant comment améliorer les interactions pour fabriquer ces produits chimiques", énonce le chercheur de l'ENS. Sur le long terme, les industries chimiques et pharmaceutiques seraient donc plus performantes. "Cela pourrait peut-être réduire [leur] impact climatique en améliorant les procédés qu'elles utilisent", avance Benjamin Huard.

Parmi les autres champs d'application figure aussi l'intelligence artificielle. "Tout ce qu'on appelle le machine learning [l'apprentissage des machines] pourrait être accéléré par les ordinateurs quantiques", poursuit-il. Ces calculs plus performants pourraient aussi aider les chercheurs dans le domaine des simulations météorologiques et de l'étude du réchauffement climatique.

"On est loin d'imaginer leur véritable application"

D'ici là, le chemin est encore long. En effet, ces machines, très massives, ne peuvent pour le moment fonctionner que dans un environnement très froid, à -278 degrés Celsius. "À cette échelle-là, les bits quantiques ont très peu d'énergie", détaille le physicien. "Pour les contrôler, on doit travailler avec des températures extrêmement faibles."

Pour Benjamin Huard, "on est loin d'imaginer la véritable application de ces machines qui commencent à exister". Il compare la situation à l'invention des ordinateurs d'aujourd'hui : "À l'invention du transistor, on était loin d'imaginer ce qu'on en ferait à l'heure actuelle."

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