12 bouteilles de vin envoyées pendant 14 mois dans l'espace sont actuellement analysées par des chercheurs. 1:39
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Stéphane Place avec AFP, édité par Laetitia Drevet , modifié à
Ils reviennent de loin après un voyage dans l'ISS, dans les conditions extrêmes de l'espace : à Bordeaux, des bouteilles de Petrus et des sarments de vigne sont analysés par des chercheurs qui développent une expérience sur la micro-gravité, potentiel accélérateur d'une agriculture plus "résiliente" sur terre.

Ce Bordeaux revient de loin. 12 bouteilles de Petrus sont de retour sur Terre après avoir passé 14 mois dans l'espace. Elles sont actuellement analysées par des chercheurs qui développent une expérience sur la micro-gravité, potentiel accélérateur d'une agriculture plus "résiliente" sur Terre dans le contexte de réchauffement climatique. Tout l'enjeu de la mission est de vérifier si l'environnement spatial, avec ses radiations et sa micro-gravité, a modifié les caractéristiques du vin, et surtout si l'apesanteur peut rendre la vigne plus résistante. Les premières conclusions ont été publiés mercredi.

La bonne nouvelle est que même après 14 mois dans l'espace, ce grand cru de 20 ans - coté vers 5.000 euros - est resté "un très grand vin", selon les retours communiqués mercredi par l'Institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV), chargé d'analyser les bouteilles et les sarments de vigne envoyés sur la Station spatiale internationale (ISS).

Des nuances d'odeurs et de goût

Un test olfactif, visuel et dégustatif a permis d'obtenir "une première photographie" de l'odyssée spatiale du vin. Début mars, deux bouteilles "anonymisées" de Petrus ont été présentées à l'aveugle à un panel de 12 personnes, amateurs et experts. Le verdict a été "unanime" : "Le 'vin de l'espace' a été très bien évalué sensoriellement", résume Philippe Darriet, directeur de l'unité de recherche œnologie à l'ISVV.

Dans 11 cas sur 12, des "différences" ont été notées, en particulier sur la couleur, et parfois dans les nuances d'odeurs et de goût. "Il y a des reflets tuilés qui étaient un peu plus soutenus sur le vin de l’espace que sur celui resté sur Terre. Cela peut parfois faire penser à un vieillissement un peu plus important. Il y a aussi des notes de cacao, des notes grillées qui étaient plus marqués dans le vin de l’espace", explique Philippe Darriet. 

Une seconde mission prévue pour observer la fermentation du vin

A l'origine du projet, il y a la start-up européenne Space Cargo Unlimited. "L’objectif de cette mission est de trouver des solutions sur l'agriculture de demain. En mettant la vie dans cet environnement sans gravité, on stresse de manière considérable tout ce qui est vivant. La nature élabore des stratégies de défense, des réponses et c’est cela qu'on veut capturer. Les attributs que gagnent ces plantes dans l’espace restent. On les voit notamment pousser plus vite, elles ont douze feuilles là où les témoins terrestres en ont une ou deux", affirme Nicolas Gaume, cofondateur de SCU.

vin-espace

(Stephane Place / Europe 1)

Il ne compte pas s'arrêter en si bon chemin : une nouvelle mission est prévue dès l'an prochain pour étudier la fermentation du vin en apesanteur.