La Haute Autorité de santé préconise de rendre la vaccination contre la grippe obligatoire pour l'ensemble des soignants. Une mesure de prévention saluée sur le principe, mais qui suscite de vives inquiétudes sur le terrain, entre craintes de démissions et freins logistiques.
Chaque année, la grippe fait des milliers de victimes en France. Pour faire barrage au virus et protéger les patients les plus vulnérables, la Haute Autorité de Santé (HAS) souhaite imposer la vaccination à l'ensemble du personnel soignant. Si l'objectif semble faire consensus, la méthode, elle, passe mal sur le terrain.
Aujourd'hui, à peine un soignant sur cinq est vacciné contre le virus hivernal. Une couverture vaccinale jugée très insuffisante par les autorités, mais imposer la piqûre à des troupes déjà réticentes pourrait aggraver la crise du secteur.
Risque de démissions et casse-tête organisationnel
Dans des établissements déjà en sous-effectif, la perspective de sanctions administratives ou de licenciements inquiète les représentants du secteur. "Si on est censé mettre fin au contrat de travail de tous les professionnels qui ne souhaitent pas se faire vacciner, 10, 20, voire 30% d'entre eux risquent de partir", alerte Éric Fregona, directeur adjoint de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).
"On mettrait en danger les plus vulnérables de notre pays par manque d'accompagnement, dans un secteur déjà en grande tension", ajoute-t-il. À la peur des départs s'ajoutent des conditions d'accès au vaccin jugées très dissuasives par les soignants eux-mêmes.
"Quand vous avez fait une journée de 8, 10 ou 12 heures, en sous-effectif, et qu'on vous dit que vous pouvez aller vous faire vacciner entre 14h et 15h, le mercredi, au fin fond de l'hôpital, forcément, ça ne motive pas trop", déplore Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI).
Consciente de ces contraintes pratiques et du risque de blocage, l'HAS plaide pour une mise en place progressive de la mesure, en ciblant, dans un premier temps, les EHPAD, avant un éventuel élargissement au reste du secteur.