Trois questions pour comprendre la boulimie et l'hyperphagie boulimique

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Pour lever le tabou sur ces maladies, la HAS a publié une série de fiches pour aider à les déceler. (Photo d'illustration) 1:30
Pour lever le tabou sur ces maladies, la HAS a publié une série de fiches pour aider à les déceler. (Photo d'illustration) © Pixabay
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Alors que la Haute autorité de santé a publié jeudi une série de fiches pratiques sur ces deux maladies, Europe 1 fait le point sur ce qui est souvent considéré, à tort, comme un simple manque de volonté. 

Ce sont des maux mal connus et peu souvent pris au sérieux, pourtant ce sont de véritables maladies. La Haute autorité de santé vient de publier, en association avec la Fédération française Anorexie Boulimie, des fiches pratiques pour aider à déceler et prendre en charge la boulimie et l'hyperphagie boulimique, des troubles dont les victimes ont le plus souvent honte. 

Quelles différences entre la boulimie et l'hyperphagie boulimique ? 

"Les deux maladies se caractérisent par la consommation de grande quantité de nourriture dans des temps très courts avec un sentiment de perte de contrôle associé à de la culpabilité", explique sur Europe 1 Jean- Philippe Zermati, nutritionniste et psychothérapeute. "Mais la crise boulimique est suivie de stratégies compensatoires : on va essayer d'annuler la crise par des vomissements, la prise de médicaments, des exercices physiques intensifs. Quant à l'hyperphagie, si elle se caractérise par une crise similaire, elle n'est suivie d'aucune méthode de compensation", détaille-t-il au micro d'Europe 1. "Souvent, les boulimiques auront donc un poids normal ou proche, alors que les hyperphagiques auront des problèmes de surpoids ou d'obésité".

Comment les déceler ? 

"Ce sont des maladies que l'on peut dissimuler très facilement", explique le spécialiste au micro d'Europe 1. "Ce sont des maladies honteuses parce qu'elles sont considérées par les patients, et souvent les soignants, comme un déficit de volonté, alors que ce sont de vraies maladies", insiste-t-il. "Parfois, on met des années avant de mettre le doigt dessus", ajoute de son côté Arnaud Cocaul, nutritionniste. "Il peut y avoir des signes liés au vomissements, par exemple les ongles abîmés à force de se les mettre dans la bouche, ou les dents qui d'abîment".

"Il faut distinguer deux situations", détaille Jean-Philippe Zermati. "On a d'un côté des personnes qui utilisent la nourriture pour calmer des émotions d'une extrême violence, souvent reliées à des problématiques psycho-émotionnelles lourdes. D'autre part, il peut s'agir d'un excès de contrôle sur la nourriture. Cela va entraîner une crise qui peut ensuite prendre la forme d'hyperphagie ou de boulimie", analyse-t-il.

Comment lutter contre ces maladies ? 

Avant tout, Jean-Philippe Zermati précise "qu'il n'y a pas plus à avoir honte de ces symptômes que d'autres maladies. Cela se soigne, et dans la plupart des cas, c'est entretenu par les régimes ou le contrôle de la nourriture. Pour faire disparaître la crise, il faut faire disparaître le contrôle mental", préconise-t-il. Un constat partagé également par Arnaud Cocaul, nutritionniste, qui ajoute au micro d'Europe 1 : "Il faut donner du temps à la personne pour s'exprimer". 

"Je me drogue à la bouffe"

Charlotte a été diagnostiquée hyperphagique boulimique il y a un an, à 31 ans. Elle s'est confiée au micro d’Europe 1. "Il peut m'arriver de pleurer chez moi avec un paquet de chips et me dire que je suis minable", explique la jeune femme. "Je me drogue à la bouffe, quoi". Atteinte depuis son enfance, elle regrette le manque de réaction du corps médical : "J'aurais aimé qu'un médecin puisse me dire 'attention il y a un surpoids, peut-être est-ce lié à une maladie'. Parce qu'aujourd'hui à 110 kilos, je respire mal, je me traîne, je ne peux pas être enceinte, c'est très compliqué". En plus d'un nutritionniste, Charlotte est également suivie par un psychiatre.

Europe 1
Par Ugo Pascolo et Romane Hocquet