Sida : "Il ne faut pas croire que l’on aura un vaccin demain, ni après demain"

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Malgré les progrès importants de la recherche, la découverte d'un vaccin à court ou moyen terme reste peu probable, rappelle sur Europe 1 la présidente du Sidaction, interrogée par Bernard Poirette.
INTERVIEW

Le Sidaction a 25 ans. L'association de lutte contre le VIH et le sida a lancé vendredi sa campagne de sensibilisation et de financement, alors que 150.000 personnes sont touchées par le VIH en France et attendent beaucoup de la recherche. "La recherche progresse, mais il ne faut pas croire que l’on aura un vaccin demain, ni après demain", veut pourtant relativiser, au micro de Bernard Poirette sur Europe 1, Françoise Barré-Sinoussi, présidente du Sidaction et prix Nobel de médecine en 2008 pour avoir participer à l’identification du virus en 1983.

La difficile quête d'un vaccin

Cette virologue salue toutefois les progrès importants enregistrés par la recherche ces dernières années. Elle a notamment permis "l’identification d’anticorps extrêmement puissants qui permettent de bloquer le virus". "Ils commencent à être utilisés pour être évalués en thérapeutique", explique-t-elle. "Les chercheurs sont en train de voir s’ils peuvent trouver un vaccin qui peut induire ce type d’anticorps. Ça ne va pas se faire tout de suite, c’est très compliqué pour de multiples raisons."

Le VIH pose en effet un véritable défi à la médecine et à la recherche, allant jusqu’à remettre en question certains acquis scientifiques. "N’oublions pas qu’il n’y a pas que pour le VIH que nous n’avons pas de vaccin. Et les raisons sont sans doute à un peu similaires, donc on retourne aux fondamentaux de la vaccinologie", pointe Françoise Barré-Sinoussi. "Aujourd’hui, la façon dont la recherche est réalisée est rationnelle, et j’ai beaucoup plus d’espoir qu’il y a une dizaine d’années", ajoute-t-elle.

 

Des traitements plus efficaces mais avec un risque de comorbidité

En parallèle de la recherche pour l’éradication du virus, les thérapies ont également enregistré de forts progrès par rapports aux premiers traitements médicamenteux, qui étaient particulièrement agressifs pour les malades et peu efficaces. "La qualité de vie des patients sous traitement, aujourd’hui, est bonne", se félicite Françoise Barré-Sinoussi. Avec une nuance toutefois : "Il faut bien souligner que ce sont des trithérapies à vie, qu’il y a parfois des effets secondaires et qu’il faut changer le traitement".

La prise quotidienne de ces traitements sur plusieurs décennies peut en effet encore impacter la santé de certains malades, parfois gravement. "Il faut aussi signaler que chez un pourcentage de patients quand même significatif il y a, sur le long terme, des développements de cancers, de maladies cardio-vasculaires et de troubles métaboliques dont le diabète. Ça n’est pas si anodin que ça, il peut y avoir cette co-morbidité non-sida", pointe-t-elle.

Une évolution inquiétante du virus

Françoise Barré-Sinoussi alerte également sur le développement ces dernières années de nouvelles souches résistantes du VIH. "C’est une véritable inquiétude. En 5 ans, on a vu passer de 5 à 15% les formes résistantes au traitement, chez les personnes nouvellement infectées par le VIH", relève-t-elle. "Ça veut dire que ces personnes ont elles-mêmes été contaminées par un virus résistant aux traitements de première génération, la première combinaison thérapeutique. Ça n’est pas résistant pour l’instant à la deuxième combinaison thérapeutique, mais c’est un processus qui est en cours. C’est inquiétant parce que l’on n’a pas non plus un panel si large que ça de médicaments."

En France, chaque année, 6.400 personnes sont contaminées par le VIH. Le nombre de personnes porteuses du virus sans le savoir est quant à lui estimé à 24.000.