Le "Dry January", "une façon de s'interroger sur la place de l'alcool dans la société"

  • A
  • A
Pendant un mois, en Janvier, les Français sont invités par la Fédération Addiction à faire une pause dans leur consommation d'alcool. 0:46
Pendant un mois, en Janvier, les Français sont invités par la Fédération Addiction à faire une pause dans leur consommation d'alcool. © pixabay.com / nadinheli22
Partagez sur :
Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction, est venu expliquer dans l'émission "Sans Rendez-Vous", sur Europe 1, l'intérêt du "mois sans alcool", un défi également connu sous le nom de "Dry January", qui se tient au mois de janvier. Elle rappelle qu'il s'agit avant tout d'entamer une réflexion sur la place de l'alcool dans notre consommation.
INTERVIEW

En Finlande, cela existe depuis 2004. La Belgique, le Québec et surtout l'Angleterre le font déjà. À partir du 1er janvier se lance la campagne du "Dry January" (littéralement "Janvier sec"), un mois pendant lequel les Français sont, eux aussi, encouragés par la Fédération Addiction et une ribambelle d'associations et rassemblements d'addictologues à ne pas consommer d'alcool. Mais l'État, qui avait annoncé son soutien au projet, s'est finalement désengagé sous la pression des lobbies de l'alcool, selon Nathalie Latour, déléguée générale de Fédération Addiction.

"Il y a des verres qui sont des automatismes plus que de la dégustation"

Pourtant, cette spécialiste l'explique sur Europe 1, dans l'émission Sans Rendez-Vous : le mois sans alcool, contrairement au mois sans tabac, n'a pas pour but d'arrêter définitivement de consommer une petite mousse au comptoir ou un verre de vin au dîner. "On est dans une invitation à faire une pause pour voir les bienfaits, voir comment collectivement on peut résister à des formes de pression de boire", détaille-t-elle.

Tout est parti d'un constat. "La façon de boire en France se rapproche de la façon anglo-saxonne. On boit moins tout au long de la semaine mais beaucoup plus le week-end avec des quantités plus importantes", pointe Nathalie Latour. Dès lors, il est temps de se poser une question : a-t-on vraiment envie de toutes ces vodka-pomme ingurgitées après 2 heures du matin ? "Il y a plein de verres qui sont des automatismes plus que de la dégustation et du plaisir."

Or, s'obliger à arrêter l'alcool pendant un mois a un véritable effet introspectif. "Cela permet de s'interroger sur la place de l'alcool dans la société, des formes d'obligation à consommer. Pourquoi, chaque fois qu'on ne se sent pas bien, on a recours à l'alcool ?", développe la déléguée générale de Fédération Addiction. Au-delà de la simple réflexion, ce mois sans alcool a des conséquences sur la manière de boire. Des études ont été menées en Angleterre et ont montré qu'après le "Dry January", "on arrive à mieux contrôler sa consommation et à résister à la pression, à tous ces verres plus inutiles qu'ils n'apportent de plaisir". 

Des effets bénéfiques sur le sommeil et la concentration

Par ailleurs, d'autres effets bénéfiques ont été constatés, rappelle Nathalie Latour. "71% des personnes interrogées dorment mieux, 86% font des économies." Elles disent également avoir plus d'énergie, une meilleure concentration et déclarent une perte de poids au bout d'un mois d'abstinence. La Fédération Addiction espère donc convaincre un maximum de Français d'emboîter le pas des Britanniques, y compris les jeunes. "Les notions de détox, de liberté de consommer ou non, cela peut leur parler."

Pour mettre toutes les chances de son côté, la Fédération Addiction conseille de s'inscrire sur la plateforme dryjanuary.fr, où les participants pourront trouver des conseils, mais aussi un véritable esprit de "communauté". "On sait que c'est plus efficace quand on est mobilisés collectivement", explique Nathalie Latour. "C'est plus facile de le faire avec des copains, l'entourage, des collègues. C'est plus motivant. On a une forme d'engagement."

Europe 1
Par Margaux Baralon