L'abus d'aliments "ultra-transformés" accroît le risque cardiovasculaire et de mortalité

(Photo d'illustration) La plupart des plats prêts à réchauffer, les sodas sucrés, les "steaks" végétaux reconstitués avec additifs, font partie des aliments "ultra-transformés"
(Photo d'illustration) La plupart des plats prêts à réchauffer, les sodas sucrés, les "steaks" végétaux reconstitués avec additifs, font partie des aliments "ultra-transformés" © PHILIPPE DESMAZES / AFP
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avec AFP , modifié à
Selon deux études européennes, 10% d'aliments ultra-transformés en plus dans l'alimentation est associé à une augmentation de 12% le risque de maladies cardiovasculaires.

L'abus de plats industriels "ultra-transformés" augmente le risque cardiovasculaire et de décès, suggèrent deux études européennes menées auprès de plus de 120.000 personnes et publiées jeudi.

Ces nouvelles études renforcent les arguments de travaux précédents liant les plats hautement transformés à un risque accru d'obésité, d'hypertension artérielle, voire de cancers. Des aliments sont considérés ultra-transformés quand ils ont subi des procédés industriels de transformation et contiennent de nombreux ingrédients, notamment des additifs. Un plat préparé, sans additifs, congelé ou pas, n'en fait pas partie. Mais la plupart des plats prêts à réchauffer, les sodas sucrés ou contenant des édulcorants, les "steaks" végétaux reconstitués avec additifs, les saucisses, les soupes en poudre et les snacks en général en font partie.

Des aliments généralement plus riches en sel, graisses saturées, sucre et pauvres en vitamines et en fibres

Ils sont généralement plus riches en sel, graisses saturées, sucre et pauvres en vitamines et en fibres, selon les chercheurs. S'y ajoutent des contaminants provenant des emballages et des contenants en plastique. Ce type d'aliments représente plus de la moitié des apports énergétiques dans de nombreux pays occidentaux, selon l'Inserm. Les deux études, respectivement conduites sur plus de cent mille adultes français et près de vingt mille diplômés d'universités espagnoles, sont parues dans le British Medical Journal (BMJ).

La nouvelle étude française de l'Inserm dirigée par la Dr Mathilde Touvier porte sur plus de 100.000 participants, en majorité des femmes, participant à l'étude NutriNet-Santé (suivis entre 2009 et 2018, sur six ans maximum). La consommation d'aliments ultra-transformés s'est révélée être associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires (1.409 cas sur les 105.159 participants), et en particulier de maladies coronariennes (665 cas) et de maladies cérébro-vasculaires (829 cas). 

Une augmentation de 10 points de pourcentage d'aliments ultra-transformés dans la nourriture - en passant par exemple de 15% à 25% - est associée à une augmentation de 12% du risque de maladies cardiovasculaires. Dans le détail, le risque augmente de 13% pour les maladies coronariennes et 11% pour les AVC et leur forme transitoire.

Une consommation élevée est associée à un risque accru de mortalité de 62%

"L'étude ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet, mais l'association entre aliments ultra-transformés et risque de maladies cardiovasculaires est statistiquement significative en tenant compte des autres caractéristiques des participants (tabac, alcool, niveau d'activité physique, statut socio économique, âge, sexe, poids etc.)", dit Mathilde Touvier. "Par exemple, à statut tabagique, niveau d'activité physique et poids équivalents, les personnes qui avaient une proportion d'aliments ultra-transformés dans leur alimentation plus élevée avaient plus de risque de développer une maladie cardiovasculaire", ajoute-t-elle.

L'étude de Maira Bes-Rastrollo de l'Université de Navarre, en Espagne et ses collègues évalue les associations possibles entre l'ingestion d'aliments ultra-traités et le risque de décès quelle qu'en soit la cause. Elle porte sur 19.899 diplômés universitaires espagnols âgés en moyenne de 38 ans. Là aussi, les aliments ont été regroupés selon le degré de transformation et les décès ont été dénombrés sur une moyenne de 10 ans. Selon cette étude, une consommation plus élevée d'aliments ultra-transformés est associée à un risque accru de mortalité toutes causes confondues de 62 % comparativement à une consommation moindre.

"Il ne faut pas être alarmiste, c'est la consommation régulière qui importe"

Chaque portion journalière supplémentaire d'aliments ultra-transformés, augmentait le risque de mortalité de 18 %. Une étude américaine récente relevait aussi une association entre aliments ultra-transformés et risque plus élevé de mortalité de toutes causes avec un échantillon représentatif d'adultes américains. "Il ne faut pas être alarmiste et dire que si on consomme de temps en temps un plat ultra-transformé ou un soda, on augmente son risque de faire un accident cardiaque de 12% . C'est la consommation régulière qui importe", souligne la Dr Mathilde Touvier qui, comme ses collègues, prône la consommation d'aliments bruts comme les légumes, les fruits, le poisson, les lentilles, les noix etc.