Peut-on retarder l'apparition de la maladie d'Alzheimer ?

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À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la maladie d'Alzheimer, le docteur d'Europe 1 Jimmy Mohamed revient sur l'influence que pourraient avoir notre comportement et nos habitudes sur l'apparition des symptômes de la maladie. 
DÉCRYPTAGE

Maladie neurodégénérative dont les causes sont encore mal élucidées, Alzheimer touche 1,2 million de personnes en France, et on estime qu'un Français sur deux connaît une personne atteinte, avec 250.000 diagnostics chaque année. À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la maladie d'Alzheimer, lundi, le médecin et chroniqueur d'Europe 1 Jimmy Mohamed présente des études montrant que, si l'on connaît mal les raisons de son apparition, notre comportement et nos habitudes de vie auraient des conséquences sur celle-ci.

Des lésions sans symptôme : l'hypothèse du comportement

L'étude lancée en 2013 par l'ICM, l'Institut du cerveau et de la moelle épinière de Hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, est par exemple l’une des premières au monde à suivre des "sujets sains à risque, dans le but d’identifier les facteurs de déclenchement de la maladie d’Alzheimer". L'institut a recruté 318 personnes âgées qui n'avaient aucun problème de mémoire."Cinq ans plus tard, 88 d'entre elles ont des lésions à l'IRM typiques de la maladie d'Alzheimer. Sauf que seulement 15 d'entre elles ont développé des symptômes. Ce qui veut donc dire que vous pouvez avoir des lésions au niveau du cerveau, mais pas forcément de symptômes", détaille le docteur Jimmy Mohamed, qui fait l'hypothèse suivante : "Peut-être qu'il se passe quelque chose dans nos comportements" qui explique ce déclenchement.

Une autre étude très célèbre, américaine, présente le cas de la sœur Mary. "Sœur Mary a vécu jusqu'à 101 ans avec des capacités intellectuelles intactes, intégrales. Elle était parfaitement cohérente, aucune démence. Puis elle a donné son corps à la science et, lors d'une biopsie cérébrale, on s'est rendu compte qu'elle avait des lésions très importantes de la maladie d'Alzheimer", raconte Jimmy Mohamed, sans pourtant avoir déclenché le moindre symptôme. Il faut alors s'intéresser au mode de vie de sœur Mary : "Elle a continué d'enseigner les mathématiques jusqu'à 84 ans. Ce qui veut dire aussi que nos comportements peuvent, peut-être, influencer l'évolution naturelle de cette maladie", résume-t-il.

40% des démences pourraient être évitées

Par ailleurs, certains facteurs de risque de la maladie peuvent être facilement évités, comme l'ont analysé des chercheurs de l'University College London dans une étude parue dans The Lancet. La maladie d'Alzheimer représente la majeure partie des démences chez l'humain, or "40% des démences pourraient être retardées ou évitées au travers de gestes simples. C'est quasiment les mêmes facteurs de risque que ceux qu'on pratique pour éviter un infarctus ou un accident vasculaire cérébral. C'est d'abord l'hypertension artérielle, le diabète, l'obésité, l'inactivité, le fait d'avoir peu de relations sociales avec les autres", liste notre chroniqueur.

"Le tabac, aussi, car la nicotine entraîne sur votre cerveau ce qu'on appelle une perméabilité de la barrière hémato-encéphalique", qui est la barrière qui permet de protéger le cerveau du milieu extérieur. "La nicotine fait que cette barrière est perméable et que les toxines vont pénétrer votre cerveau et peuvent vous donner une maladie d'Alzheimer - et d'autres pathologies, évidemment".

Parmi les autres facteurs de risques, "avoir des traumatismes crâniens à répétition. On sait que les militaires, notamment ceux qui étaient revenus d'Afghanistan suite à de nombreux traumatismes crâniens, avaient plus de maladie d'Alzheimer que les autres. Même chose pour les footballeurs américains et les boxeurs". Mais aussi "la consommation d'alcool, qui va endormir votre cerveau et neurones et faire que votre cerveau va s'atrophier. Et enfin l'exposition à la pollution".

Pour soutenir la recherche, il est possible de faire un don à la Fondation Alzheimer, don déductible à 66% des impôts.

Europe 1
Par Jimmy Mohamed, édité par Séverine Mermilliod