Consommation de viande à l’école : "l’équilibre doit se faire sur la semaine"

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Peu d'écoliers ont accès à un menu végétarien à la cantine, selon Greenpeace.
Peu d'écoliers ont accès à un menu végétarien à la cantine, selon Greenpeace. © ROMAIN PERROCHEAU/AFP
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D’après une enquête de Greenpeace, près de sept enfants sur dix n’ont pas accès à un menu sans viande dans les cantines scolaires.
INTERVIEW

Les enfants mangent-ils trop de viande à l’école ? D’après une enquête de Greenpeace dévoilée lundi, près de 70% des enfants n’ont pas d’autre choix que de manger de la viande ou du poisson dans les cantines scolaires. Or, selon l’ONG, la consommation d'une viande et d'un produit laitier chaque midi correspondrait de deux à quatre fois celle recommandée par l'Agence de l'Alimentation (ANSES), pour les enfants de 3 à 11 ans.

Greenpeace milite pour que soient adoptés dans le projet de loi sur l’alimentation, débattu à partir de mardi à l’Assemblée nationale, des amendements instaurant deux repas végétariens par semaine dans les cantines scolaires. Mais existe-il un risque à manger trop de viande pour les enfants ? Europe1.fr a demandé conseils à Deborah Ohana, diététicienne nutritionniste. 

Quelles sont les bonnes portions de protéines animales à donner à un enfant ?

"Tout dépend de l’âge. Mais en moyenne, ça augmente par dizaine à chaque âge : à deux ans, on mange 20 grammes de portion de protéines animales, à trois ans 30 grammes, etc. Dans l’idéal, cette part doit être divisée en deux repas sur la journée. Ces protéines animales excluent les produits laitiers, il s’agit de la viande, du poisson, des œufs."

Les jeunes Français mangent-t-il trop de viande aujourd’hui, à l’école comme à la maison ?

"C’est très compliqué de trouver des études fiables sur le sujet mais les milieux pédiatriques sont assez sceptiques de toute façon à l’idée de diminuer les portions de viande données à un enfant, en raison du fer qu’elle contient. Il y a une peur des carences en fer car, même si le fer est présent dans d’autres aliments non carnés, il est alors moins bien assimilé par le corps. Pourtant dans certains pays, les repas sans viande à l’école sont instaurés et ça marche plutôt bien. Il y a aussi un patrimoine culturel et génétique qui joue en France...

Après, la cantine, ce n’est qu’un seul repas par jour. Or c’est sur la journée que l’apport nutritif se fait : donc si l’enfant a eu une grosse portion de viande le midi, on peut la supprimer sur le repas du soir. L’équilibre se fait sur la journée et sur la semaine."

Que pensez-vous de l’idée de Greenpeace d’instaurer des repas végétariens à l’école ?

Personnellement, je trouve ça très bien d’instaurer deux/trois repas végétariens à un enfant par semaine à la cantine, car cela pousse à baisser la consommation de viande, à diversifier son alimentation et à voir qu’il n’y a pas que les protéines animales. Cela doit se faire à condition que ces repas végétariens soient équilibrés, pour ne pas apporter de carences, et donc qu’ils contiennent : des protéines végétales (pois chiches, lentilles, flageolets, champignons…), des céréales/féculents, et des légumes. On suit finalement la même composition de base qu’un repas 'classique' mais en remplaçant les protéines animales par des protéines végétales. Et en couplant avec des céréales, les protéines végétales seront un peu mieux assimilées par le corps. De toute façon, la carence en fer ne se fera pas sur un seul repas.

Reste que le repas végétarien doit être équilibré avec le reste des repas de la semaine : l’idée est de réduire la consommation de viande et pas de la supprimer complètement, surtout pour un enfant qui, contrairement à l’adulte, a besoin de la viande dans son alimentation."

Europe 1
Par Mathilde Belin