A l'hôpital, "l’encombrement des urgences augmente la mortalité"

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Philippe Juvin, chef de service des urgences à l’hôpital Georges Pompidou à Paris, détaille sur Europe 1 ses propositions pour réformer les urgences saturées, et améliorer la sécurité des patients. 
INTERVIEW

14 chefs de services hospitaliers alertent sur le risque de suraccident aux urgences, et réclament un grand plan pour les urgences saturées, dans une tribune publiée jeudi dans Le Monde. Rappelant que le gouffre se creuse entre les besoins et les moyens alloués aux urgences, ces médecins font aussi des propositions pour y remédier, comme celle de filtrer les accès aux urgences et les conditionner à un appel préalable au 15. 

Accès conditionné à un appel préalable au 15. "Nous pensons que le système doit s’organiser, or il ne l’est pas aujourd’hui. Et un des éléments du système que nous proposons est que les gens téléphonent au Samu avant de venir aux urgences", détaille sur Europe 1 vendredi Philippe Juvin, chef de service des urgences à l’hôpital Georges Pompidou à Paris. "Sauf urgence extrême bien sûr, dans la plupart des cas, les gens devraient téléphoner avant de venir. Les urgences sont le seul endroit ouvert 24h/24 et tous les jours, et quand ils ne savent pas où aller, ils viennent spontanément aux urgences, alors que parfois un simple appel permettrait de filtrer l’accès aux urgences", souligne Philippe Juvin, au micro de Matthieu Belliard.

 

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Aucun patient sur les brancards dans les couloirs. Autre revendication du collectif de médecins : "objectif zéro brancard". "L’année dernière, pendant la grippe, 100.000 personnes ont dormi sur un brancard. C’est inacceptable. (…) Trop souvent, nous avons des patients que nous devons garder à l’hôpital car trop faibles pour être renvoyés chez eux, et nous sommes obligés, faute de lits dans l’hôpital, de les garder sur des brancards (dans les couloirs, ndlr), c’est absolument inacceptable", martèle Philippe Juvin. Ainsi "nous suggérons que les hôpitaux - qui se font certifier tous les 4 ans -, aient un nombre de lits suffisant pour couvrir l’activité de leurs urgences".

Prendre en charge en priorité les patients âgés. Par ailleurs, les 14 chefs de services hospitaliers demandent de dédier des unités aux patients âgés, et que ces derniers soient pris en charge en priorité via une file d’attente distincte. "Nous voyons aujourd’hui que les patients âgés demandent un savoir-faire et des moyens supplémentaires. Dans les files d’attente aux urgences, on mélange les sujets âgés et les jeunes. Or les sujets âgés ont besoin de plus d’attention, et d’être pris en charge plus rapidement", souligne Philippe Juvin, rappelant que "l’encombrement des urgences augmente la mortalité, et notamment chez les sujets âgés".

Autre proposition et pas des moindres : la tribune demande un décret qui obligerait les hôpitaux à fermer leurs urgences en cas de non-respect des règles de sécurité. "Nous pensons qu’il faut qu’il y ait un décret sur la sécurité des patients aux urgences. Les hôpitaux qui ne seront pas capables de respecter les conditions de sécurité aux urgences, devront fermer leurs urgences tout simplement", formule enfin Philippe Juvin.

Europe 1
Par Mathilde Belin