"Une commune, ce n'est pas une succursale de l'État, encore moins une filiale", critique François Baroin

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Le congrès des maires de France s'ouvre mardi à Paris dans un contexte tendu. Les élus s'agacent de l'absence d'Emmanuel Macron, en dépit de sa promesse formulée il y a tout juste un an.
INTERVIEW

Emmanuel Macron avait promis de se rendre chaque année au Congrès des maires. Mais sa chaise restera vide mardi, alors que débute à Paris ce rendez-vous d'élus. Et pour cause, les sujets de crispation sont nombreux, à commencer par la baisse des dotations et la suppression de la taxe d'habitation. Autant de sujets que François Baroin, président de l'association des maires de France (AMF), aurait voulu aborder avec Emmanuel Macron au cours de ces trois jours de réunion.

"Beaucoup d'impatience et d'incompréhension". "Tous les congrès sont agités, ce n'est pas très grave. Emmanuel Macron aurait été accueilli de manière très républicaine, très respectueuse. Il y a beaucoup d'impatience, beaucoup d'incompréhension, mais aussi beaucoup d'attente", a souligné le maire Les Républicains de Troyes au micro d'Audrey Crespo-Mara, mardi matin sur Europe 1.

Pour compenser son absence, Emmanuel Macron a adressé à tous les maires de France un courrier de quatre pages précisant sa feuille de route. Une lettre que François Baroin a lue, mais qui ne le satisfait pas. "Le problème c'est que factuellement, ça ne répond pas toujours aux orientations qu'il donne", commente l'élu.

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"Les maires, ce ne sont pas des fonctionnaires". François Baroin illustre : "Lorsque les maires défendent les emplois aidés parce que c'est la dernière bouée de sauvetage pour des gens en difficulté, on leur répond que ce sont des clientélistes et qu'ils achètent des voix, c'est insupportable et insultant." 

Le maire de Troyes s'agace aussi des critiques qui sont faites aux édiles qui auraient décidé d'augmenter le montant de la taxe d'habitation. "Un maire qui augmente ses impôts ne le fait pas pour faire plaisir au gouvernement. En général, il les augmente parce qu'il a des projets, des devoirs, une structure lourde. Une commune, ce n'est pas une succursale de l'État, encore moins une filiale. Les maires, ce sont des élus, ils sont mandatés, ce ne sont pas des fonctionnaires. Ils ne sont pas là pour avoir le petit doigt sur la couture", dénonce François Baroin.

Le cadre LR a d'ailleurs peu goûté que Gérard Darmanin, le ministre des Comptes publics, ait publié la liste des maires ayant augmenté cet impôt local. Selon François Baroin, le fait que "le ministre qui est en charge du budget utilise l'administration fiscale pour publier une liste de gens qui augmentent la taxe d'habitation, cela ne respecte pas l'esprit de la Constitution, puisque la libre administration des collectivités locales est garantie par notre loi fondamentale."

Entendu sur europe1 :
L'ultra-centralisation est probablement le plus sûr chemin pour aller dans une impasse pour le pays

"Entrer dans une nouvelle phase de décentralisation". La baisse des dotations a mis en grande difficulté plusieurs communes, qui ne peuvent plus mener à bien certains projets de rénovation et d'entretien. Cette réalité a été maintes fois rapportée au gouvernement, assure François Baroin, qui compare les maires à des "lanceurs d'alerte". Dès lors, selon le président de l'AMF, "il faut rééquilibrer, rentrer dans une nouvelle phase de décentralisation."

"L'ultra-centralisation est probablement le plus sûr chemin pour aller dans une impasse pour le pays. Et Emmanuel Macron - que je respecte profondément, qui est courageux, qui a de l'audace - ne peut pas se retrouver seul face au peuple. Les maires sont là pour être des acteurs du quotidien. On n'est pas là pour soutenir sa politique, mais on est là pour assurer la cohésion sociale, et c'est très difficile."

"Tourner cette page". En clair, François Baroin appelle le gouvernement à respecter davantage l'institution. "L'Association des maires de France a 110 ans. Vous avez des communistes, des socialistes, des centristes, des républicains et des non-inscrits. J'ai l'honneur d'être celui qui est en charge de produire le consensus, de porter les revendications partagées par toutes les sensibilités politiques. Il faut l'accepter. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord qu'on est indignes. Ce n'est pas parce qu'on a des contre-propositions qu'on est irresponsables", martèle l'élu de l'Aube.

S'il s'impatiente d'être entendu, François Baroin veut toutefois renouer le lien avec l'exécutif. "Au fond, nous sommes les soutiens de la République du quotidien. Nous devrions être en permanence au côté du président de la République, nous ne le sommes pas. Il faut mettre sur la table les problèmes de fond, de forme, tourner cette page. Ce congrès devrait permettre d'aborder une nouvelle étape."