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Sécheresse : le plan d'aide d'un milliard d'euros pour l'agriculture jugé insuffisant par les syndicats

"Ce n'est pas à la hauteur de l'ambition", a réagi le secrétaire général de la FNSEA, Hervé Lapie. [© Romain Doucelin / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP]

Le plan d'aide d'un milliard d'euros annoncé par la ministre de l'Agriculture pour venir en aide aux agriculteurs, frappés par la sécheresse cet été, ne convainc pas les syndicats. FNSEA, Jeunes Agriculteurs et Confédération paysanne réclament tous une enveloppe bien plus conséquente.

Le plan d'aide d'urgence de plus d'un milliard d'euros annoncé par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, pour venir en aide aux agriculteurs touchés par la sécheresse, n'est "pas à la hauteur" de la détresse du secteur, ont réagi plusieurs syndicats.

Cet été, cultures, pâturages et ressources en eau ont été durement touchés par l'une des pires vagues de chaleur et de sécheresse qu'ait connue la France et l'Europe.

La FNSEA réclame au moins 2 milliards d'euros

"Ce n'est pas à la hauteur de l'ambition", a réagi le secrétaire général de la FNSEA, Hervé Lapie. "On a toujours dit que l'État n'était pas là pour compenser les 10 milliards d'euros de pertes estimées, mais il nous faut au moins 2 milliards. En 2021, on a eu un gel sur la viticulture, il y a eu 1 milliard d'euros mis sur la table. Là, vous avez les arboriculteurs, les maraîchers, les grandes cultures, les éleveurs", a-t-il détaillé auprès de l'AFP depuis la foire de Châlons.

Le syndicaliste doit revoir le Premier ministre le 8 septembre pour "remonter au créneau", et n'exclut pas des actions syndicales. "Il y a des gens qui ne vont pas passer l'année s'il n'y a pas de l'argent rapidement qui arrive dans les exploitations", a-t-il averti.

Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, s'est montré plus prudent sur d'éventuels appels à la mobilisation, préférant "travailler avec les préfets dès la semaine prochaine". S'il salue, toujours auprès de l'AFP, "l'effort du gouvernement", il observe "des exemples nombreux de décalage parfois entre les annonces et la réalisation" sur le terrain, et juge que cette première enveloppe ne doit être qu'une première étape. Il regrette notamment l'absence de prêts bonifiés ou à taux zéro dans le plan, ainsi que la non-prise en compte de la révision des pertes de prairie réclamée par les éleveurs.

"2.800 euros par exploitation, ce n'est pas ça qui va sauver" les filières

Pour les Jeunes Agriculteurs, traditionnellement alliés à la FNSEA, ce plan reste "un premier geste qui reste insuffisant pour compenser les conséquences dramatiques de la sécheresse historique". "Ce sont des rustines pour l'urgence, et toujours aucune stratégie pour l'avenir", estime le syndicat dans un communiqué, qui réclame des financements pour adapter les exploitations et moderniser les bâtiments d'élevage face aux épisodes de canicule, suggérant la création d'un impôt spécial, comme en 1976.

Maxime Liévin, président du syndicat Jeunes Agriculteurs Île-de-France, partage ce constat, au micro d'Europe 1. "On a l'impression que c'est un peu un coup d'épée dans l'eau. On annonce un milliard d'euros, pour le commun des mortels, c'est beaucoup. Quand on rationalise par rapport aux 350.000 exploitations en France, ça fait 2.800 euros par exploitation. C'est une aide pour l'année en cours, on ne va pas cracher dessus, mais malheureusement ça ne sauvera pas les exploitations pour autant. L'agriculture est au bord du gouffre, et les filières sont en train de tomber les unes après les autres", alerte-t-il.

La Confédération paysanne dénonce "un plan social" pour l'agriculture

Pour Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, l'aide est "loin d'être suffisante". "On avait appelé à au moins 2 à 3 milliards, c'est-à-dire 5.000 euros par actif dans les fermes pour faire face à l'urgence. On a estimé qu'il y a 82 % des paysans et des paysannes qui sont laissés sur le bord de la route", a-t-il déclaré, toujours auprès de l'AFP.

Il assimile ce plan à "un plan social" pour l'agriculture, qui va favoriser la concentration et l'agrandissement des fermes survivantes, des modèles qui "favorisent le dérèglement climatique", entre perte des haies, dégradation des sols et usage d'intrants chimiques. "La colère est grande parce qu'on est les premiers à subir les conséquences du réchauffement climatique", a-t-il conclu, appelant à la mobilisation.