Primaire de la droite : un "effet Fillon" qui rebat les cartes ?

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© FRED TANNEAU / AFP
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L'ancien Premier ministre, qui profite d'une dynamique positive, pourrait perturber l'ordre établi. Si sa qualification pour le second tour n'est pas l'hypothèse la plus probable, il pourrait en revanche prendre des voix à Alain Juppé.

Longtemps, il a lutté pour la place de troisième homme de la primaire de la droite contre Bruno Le Maire. Depuis quelques semaines, François Fillon ne livre plus une bataille qu'il a, selon les enquêtes d'opinion, largement emportée. Quand le député de l'Eure plafonne toujours à 10% d'intentions de vote, l'élu de Paris a peu à peu grignoté l'écart qui le séparait du duo de tête, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Un sondage de Kantar Sofres publié lundi le porte à 18%, quand les deux premiers pointent à 36 et 30%.

"Effet Fillon". Plus largement, François Fillon semble bénéficier d'une dynamique en sa faveur. Ses prestations lors des deux premiers débats de la primaire, le 13 octobre et le 3 novembre, ont été unanimement saluées. Sérieux, rigoureux, l'ancien Premier ministre joue la carte de la crédibilité. "L'effet Fillon" se mesure aussi à l'affluence de ses meetings. En septembre, Le Parisien révélait que, selon des e-mails échangés par son équipe, le député de Paris avait du mal à remplir les salles -ce que l'équipe du candidat avait d'ailleurs démenti. Ce week-end, la réunion publique du candidat à Biarritz a eu tant de succès que plusieurs centaines de personnes n'ont pas pu rentrer.

"Il sera la surprise de la primaire". François Fillon pourrait-il passer du statut de troisième homme à celui de "surprise" de la primaire, en se qualifiant pour le second tour ? C'est ce que lui et ses proches se prennent à espérer. "Il sera la surprise de la primaire, j'en suis convaincu", assurait Bruno Retailleau, président du groupe Républicain au Sénat et soutien fidèle de l'ancien Premier ministre, au Figaro jeudi dernier. "Il suscite un vrai engouement. On a vu à chaque débat, à chaque émission, qu'il possédait parfaitement son sujet, qu'il était prêt et qu'il surclassait ses concurrents."

La deuxième place est loin. À moins d'une semaine du premier tour, néanmoins, la deuxième place reste encore loin. Certes, François Fillon dégaine l'artillerie lourde, notamment avec un point presse de sa femme, jusqu'ici très discrète, mardi matin. Certes aussi, le député de Paris a un troisième et dernier débat, jeudi, pour bondir encore, lui qui est apparu si à l'aise dans l'exercice. Mais "pour l'instant, au niveau des chiffres, c'est encore insuffisant pour risquer de perturber le résultat" du premier tour, prévient Carine Marcé, directrice associée de Kantar TNS. D'autant que "les sondages menés après les débats ont montré que cela faisait bouger les lignes, mais pas de façon déterminante".

Alain Juppé se tasse. "Rien n'est à exclure", poursuit la sondeuse. "Il peut se passer des choses dans la dernière ligne droite, certains peuvent rater complètement leur débat." Mais, en l'état actuel des choses, le plus probable reste que François Fillon soit arbitre plus qu'acteur du second tour. En revanche, sa dynamique pourrait bel et bien perturber le premier tour en renversant l'ordre d'arrivée d'Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. "Les points qu'il gagne, François Fillon les prend plutôt [au maire de Bordeaux] et à Bruno Le Maire qu'à [l'ancien président]", note ainsi Carine Marcé. "Cette dynamique Fillon va donc sûrement aboutir à tasser Juppé." Et à le faire passer en deuxième position, derrière Nicolas Sarkozy ? Impossible à dire pour l'heure. Mais si cela devait se produire, les équilibres politiques pourraient s'en trouver bouleversés.

" Les points qu'il gagne, François Fillon les prend plutôt à Alain Juppé et à Bruno Le Maire qu'à Nicolas Sarkozy. "

Politiquement délicat d'arriver deuxième. De fait, arriver en tête au premier tour est "toujours une bonne nouvelle", explique Carine Marcé, qui prend pour exemple François Hollande, arrivé devant Nicolas Sarkozy au premier round en 2012, et qui a confirmé cette avance au second. Il est plus facile de mobiliser ses troupes après une victoire. "Cela permet de dire qu'il faut maintenant transformer l'essai", résume Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l'Ifop. Et les ralliements des candidats éliminés sont évidemment fonction de ce résultat. L'exemple de la primaire socialiste de 2011 est parlant : un Arnaud Montebourg, pourtant sur le papier plus proche de Martine Aubry, avait préféré appeler à voter François Hollande, arrivé devant la maire de Lille.

S'il arrivait en tête au premier tour, conclut Carine Marcé, "Nicolas Sarkozy pourrait surfer sur la vague". Sans compter qu'il serait politiquement délicat pour Alain Juppé de se retrouver derrière l'ancien président, après avoir fait toute la course en tête. Cela donnerait du grain à moudre à ses rivaux, qui ne cessent de rappeler qu'il n'a pas d'électorat bien défini –et bien de droite. Et le maire de Bordeaux l'a bien compris. D'après Franceinfo, son équipe a décidé de marteler un message dans la dernière ligne droite de la campagne : "il faut qu'Alain Juppé soit premier au premier tour."

Un électorat très changeant. Pour Frédéric Dabi, "il n'y a même pas besoin de François Fillon pour perturber l'ordre d'arrivée au premier tour". Les chiffres des sondages, souvent pris avec précaution car une grosse inconnue plane sur l'étendue de la mobilisation, montrent des variations constantes, qui sont intimement liées, selon les sondeurs, au type de scrutin. Une primaire, "c'est une offre électorale proche, avec un électorat assez homogène", note le directeur du département opinion de l'Ifop. "Pour les votants, ce n'est ni un crime idéologique ni un parjure" de changer d'avis au dernier moment. "Les gens qui sont certains d'aller voter sont plutôt des PCS (Professions et catégories socioprofessionnelles)+, plutôt âgés, et s'intéressent beaucoup à l'actualité", abonde Carine Marcé. "Ils sont donc plus susceptibles de réagir à la moindre évolution." La dernière semaine de campagne sera donc décisive.