Pourquoi la réforme de l'allocation adulte handicapé fait polémique

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F.C avec AFP , modifié à
La loi de Finances 2016 prévoit que l'allocation adulte handicapé soit minorée des revenus des comptes d'épargne pour l'aligner sur les autres minima sociaux. D'où la colère des associations. 

L'Etat veut-il faire "main basse" sur les ressources des handicapés ? La polémique monte après le vote en première lecture d'une mesure réformant l'allocation adulte handicapé. La loi de Finances 2016 prévoit que l'allocation adulte handicapé, actuellement de 807,65 euros par mois, soit minorée des revenus des comptes d'épargne (Livret A, plan épargne logement…) pour l'aligner sur les autres minima sociaux. A l'heure actuelle, un million de personnes bénéficie de cette allocation.

 

Mise à jour le 03/11/15 à 22h35.  Le gouvernement n'appliquera pas le nouveau mode de calcul, contesté, de l'allocation adulte handicapé (AAH) tel qu'il était prévu dans le projet de budget 2016, a annoncé mardi soir la secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées, Ségolène Neuville. Entendant les "inquiétudes", le gouvernement a "décidé de ne pas appliquer cette mesure en l'état, au regard de son impact sur les ressources des personnes concernées", a déclaré Ségolène Neuville dans l'hémicycle de l'Assemblée à l'occasion de l'examen du volet solidarité et insertion du budget.

Une pétition en ligne. Il y a une semaine, l'Association des paralysés de France a lancé une pétition intitulée "Stop à l'indécence" qui avait recueilli mardi plus de 33.500 signatures. "Pour une poignée d'euros issus des intérêts sur livret (maximum 205 euros par an), le gouvernement est-il prêt à sacrifier des centaines de milliers de personnes en situation de handicap parmi les plus vulnérables ?", peut-on lire sur le site change.org.

Si le projet de budget 2016 était adopté, le montant de l'AAH pour les bénéficiaires ayant de l'argent de côté serait diminué mais cela leur ferait aussi perdre des droits connexes qui ne sont ouverts qu'à ceux qui touchent l'AAH à taux plein. Car en plus de cette allocation, 210.000 personnes handicapées perçoivent un complément de ressources selon l'Association des paralysés de France (APF). Ceux qui se trouvent dans l'incapacité totale de travailler disposent ainsi d'un apport de 179 euros mensuels, et ceux qui résident à leur propre domicile d'une majoration pour la vie autonome de 105 euros par mois, précise francetv.info.

La polémique prend une tournure politique. Les députés socialistes, les écologistes et l'UDI, ont appelé mardi le gouvernement à revoir sa copie, critiquant "une mesure vexatoire", "une grave erreur", "un racket". "Ce matin, en réunion de groupe, nous avons eu la discussion" sur ce sujet, et "pour nous tous clairement, il apparaît que cette recette (issue des livrets d'épargne) est une recette (fiscale) de poche qui est illusoire, qui est vexatoire, blessante pour les familles", a expliqué le député Olivier Faure, vice-président du groupe PS. "Donc, nous demandons au gouvernement de pouvoir retravailler sur la question".

Limiter les effets de seuil. Dans l'hémicycle, en réponse justement à une question de l'UDI, la secrétaire d'Etat aux personnes handicapées Ségolène Neuville a assuré qu'il "ne s'agit pas de pénaliser quelqu'un qui a mis quelques centaines d'euros de côté sur un livret A". "En ce qui concerne les compléments de ressources, pour les personnes qui ont des taux d'incapacité élevés, nous travaillons actuellement à des propositions destinées à limiter les effets de seuil. Il sera tenu compte des spécificités de l'épargne populaire, et des abattements sur les revenus du patrimoine seront proposés afin que les petits épargnants soient protégés", a-t-elle assuré.