Lionel Jospin : "Macron n'est pas inscrit dans l'Histoire, il est le produit d'un moment"

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L'ancien Premier ministre Lionel Jospin publie en cette rentrée Un temps oublié. Dans cet ouvrage politique, il analyse la scène politique française actuelle, retraçant le destin d'Emmanuel Macron, les circonstances de son élection et dressant les perspectives pour 2022. "Emmanuel Macron n'est pas inscrit dans l'Histoire, il est le produit d'un moment", décrypte-t-il. 
INTERVIEW

Après avoir quitté la politique active en 2002, puis s'être effacé durant ses quatre années au sein du Conseil constitutionnel, Lionel Jospin reprend la plume. Il publie Un temps troublé, ouvrage politique dans lequel il analyse, entre autres, les circonstances de l'élection d'Emmanuel Macron, "l'énigme du macronisme", mais aussi les désillusions face à la promesse d'un "nouveau monde". "Emmanuel Macron n'est pas inscrit dans l'Histoire, il est le produit d'un moment", explique-t-il sur Europe 1. 

"Un destin purement individuel" 

"Si le macronisme est un peu énigmatique, cela s'explique. Pendant un temps, il y a eu le discours sur le nouveau monde qui allait supplanter l'ancien monde et puis la désillusion, la chimère s'est évanouie. Maintenant ce qui frappe c'est qu'Emmanuel Macron n'est pas inscrit dans l'Histoire, il est le produit d'un moment. Il n'est pas intéressé non plus, semble-t-il, par le développement d'un mouvement collectif. Inscrit dans l'Histoire, on pense à De Gaulle, inscrit dans le collectif, on pense à Mitterrand redécouvrant le socialisme", analyse l'ancien Premier ministre. 

"Au fond sous le macronisme, on trouve toujours Macron puisqu'il s'agit d'une aventure, d'un destin purement individuel", poursuit Lionel Jospin. "C'est ce qui crée la difficulté devant laquelle se trouve en partie la France quand elle aura à faire des choix." 

L'ancien candidat de la gauche estime que le président de la République appartient plutôt à un ancien monde, un modèle "néo-libéral" qu'il juge anachronique. "Etre néolibéral c'est considérer que l'Etat doit s'effacer, laisser libre jeu aux forces du marché et même seconder les forces du marché. Se réformer lui-même en s'inspirant de la gestion des entreprises privées. Je pense que cela n'est pas adapté à la période", détaille-t-il. Il observe néanmoins "un renversement" avec un retour de l'intervention de l'Etat, motivé par la gravité de la crise sanitaire du Covid-19. "Mais ce n'est pas l'idéologie qui a changé ou qui détermine les actes du gouvernement, ce sont les faits qui commandent", nuance cependant l'ancien Premier ministre. 

Qui pour succéder à Macron en 2022 ? 

Dans son livre, Lionel Jospin décrypte la vie politique française, y compris le destin de la gauche et les hypothèses pour la future élection présidentielle. "Le parti socialiste aujourd'hui n'est plus la force motrice qu'il fut hier, notamment dans l'optique des rassemblements, et moi je l'invite à retrouver son éclat, c'est-à-dire au fond à réfléchir, à travailler, à apporter des réponses." L'ancien candidat à la présidentielle se félicite néanmoins du maintien de la centralité du PS, dont il est toujours adhérent, et de ses victoires lors des dernières élections municipales.

"La gauche aujourd'hui est minoritaire en France, mais elle a toujours été minoritaire dans son histoire. En réalité, elle est la force, et peut-être la seule, si Emmanuel Macron continue d'aspirer la force qui se situe à droite et chez les Républicains, susceptible d'empêcher la répétition du tête à tête Emmanuel Macron - Marine Le Pen, dont ils disent ne pas vouloir." 

"Les seuls moment où la gauche a gagné c'est lorsqu'elle s'est rassemblée", souligne Lionel Jospin. "Cette démarche, qu'il faut reprendre, suppose que les leaders s'entendent, que les programmes se rapprochent parce qu'aucun ne peut gagner seul." Fort de son expérience malheureuse lors de l'élection présidentielle de 2022, il appelle les forces de gauche à éviter la multiplication des candidatures. "Il est clair que s'il y a plusieurs candidats, de la gauche et des écologistes, avec des programmes différents et qu'ils sont nécessairement dans une compétition, ils regarderont passer le train dans lequel seront installés, dans une posture à la fois complice et antagoniste, Emmanuel Macron et Marine Le Pen."

Europe 1
Par Mathilde Durand