En appelant à "oublier l'affaire Malik Oussekine", Jean-Michel Fauvergue fait polémique

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Jean-Michel Fauvergue est l'ancien patron du Raid.
Jean-Michel Fauvergue est l'ancien patron du Raid. © FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Le député LREM et ancien patron du Raid a déploré mardi les conséquences de la mort de Malik Oussekine, en 1986, sur les stratégies de maintien de l'ordre actuellement à l'oeuvre, insuffisantes selon lui. 

"Il faut oublier l'affaire Malik Oussekine". Invité mardi de C à Vous sur France 5, l'ancien patron du Raid et actuel député LREM Jean-Michel Fauvergue était invité à commenter la stratégie de maintien de l'ordre lors des manifestations des "gilets jaune", à la veille d'un 1er-Mai pour lequel le gouvernement redoutait la présence de "black blocks". Partisan d'un changement de doctrine vis-à-vis des casseurs, l'élu de Seine-et-Marne a estimé que le traumatisme engendré par la mort de l'étudiant franco-algérien, passé à tabac par la police lors d'une manifestation en 1986, empêchait les forces de l'ordre d'agir avec efficacité face aux manifestants violents. Des propos qui ont choqué, notamment à gauche. 

Évoquant son expérience de Directeur central de la sécurité publique en Guyane, Jean-Michel Fauvergue a expliqué que ses troupes, comme généralement en province, étaient obligées "d'aller au contact". "Paris a été empêché de faire ça", par l'affaire Malik Oussekine, a-t-il expliqué, invitant donc à "oublier" l'affaire. Depuis 1986, et la mort de l'étudiant, passé à tabac par des "policiers voltigeurs" lors d'une manifestation contre la loi Devaquet, la police a en effet adapté sa doctrine de maintien de l'ordre, réduisant au maximum les contacts entre les forces de l'ordre et les manifestants. "Depuis une trentaine d'années, la tenue à distance des manifestants est vantée comme le principe fondamental du maintien de l'ordre pour éviter un mort", rappelle Libération

"Une défaite morale et politique", pour Benoît Hamon

Cette prise de position de l'ancien patron du Raid a provoqué de nombreuses réactions indignées, notamment à gauche. "Chaque policier et gendarme, même dans des conditions difficiles, doit garder en mémoire la scandaleuse mort de Malik Oussekine", a fustigé le député LFI Alexis Corbière, tandis que le président de SOS Racisme Dominique a fait part de "son envie de vomir". "Honteux, écœurant, dégueulasse", a de son côté twitté la communiste Elsa Faucillon, Benoît Hamon voyant de son côté dans ces propos une "banalisation de la répression", et une "défaite morale et politique totale". 

Ces propos ont même provoqué des remous au sein de La République en Marche. "Ce sont les tragédies comme celles de Malik Oussekine qui affaiblissent la République. Si nous voulons la défendre, il ne faut donc jamais l'oublier", a réagi le député Aurélien Taché, membre de l'aile gauche de la majorité. 

Les critiques ? De la "bien-pensance", selon Jean-Michel Fauvergue

Contacté mercredi par Le Parisien, Jean-Michel Fauvergue a tenté de mieux expliquer ses propos, assurant qu'il ne parlait pas d'oublier la mort de Malik Oussekine, mais ses conséquences sur la stratégie de maintien de l'ordre en vigueur. "Bien sûr qu'il ne faut pas oublier Malik Oussekine, je suis à 100% d'accord avec ça", explique-t-il au quotidien. "Ce garçon a été victime de violences policières (...) il faut être clair", ajoute-t-il, indiquant cependant ne pas regretter ses propos, et estimant que les critiques "relèvent de la bien-pensance".

"Dans l'esprit, il ne faut pas que les pouvoirs publics soient empêchés lors des manifestations actuelles de défendre les manifestants et les commerçants", explique le député. Or, estime-t-il, "à partir de cette affaire, le maintien de l'ordre à la préfecture de police s'est solidifié, avec une absence générale de mouvement. Cette stratégie s'est figée dans le temps, c'est pour ça qu'on a eu, par exemple, les violences avec les black blocks le 1er mai 2018. Cela n'a pas été le cas en province car il y a moins de gendarmes mobiles qui sont déployés, donc vous êtes obligés d'agir en mouvement". 

Europe 1
Par Antoine Terrel