Elections européennes : pourquoi tant d'indifférence ?

  • A
  • A
Le Parlement de Strasbourg n’est pas une simple chambre d’enregistrement, mais négocie avec les gouvernements.
Le Parlement de Strasbourg n’est pas une simple chambre d’enregistrement, mais négocie avec les gouvernements. © PATRICK HERTZOG / AFP
Partagez sur :
Les élections européennes ont lieu dans moins d’un mois, mais elles ne suscitent pourtant qu'un intérêt limité. En France comme dans les pays voisins, l'abstention s'annonce massive. Pourtant, le Parlement européen a des pouvoirs considérables.

Le 26 mai prochain, il faudra envoyer 751 députés au Parlement européen de Strasbourg et Bruxelles, dont 74 députés rien que pour la France. Et ces élus auront beaucoup de pouvoir. Pourtant, c'est tout sauf un sujet dont on parle à la machine à café. Si l’élection avait lieu aujourd’hui, six Français sur dix n’iraient pas voter, selon un sondage Ifop. Un taux d'abstention supérieur à celui des dernières européennes, en 2014. Beaucoup de Français ne connaissent même pas la date du scrutin, et ne savent pas à quoi sert un député européen. 

Des élections éclipsées par les enjeux politiques nationaux

Ce désintérêt à d'abord des raisons politiques. Le feuilleton du grand débat national et l’attente des annonces d’Emmanuel Macron ont occupé l’espace ces dernières semaines. En outre, les enjeux du scrutin ne sont pas clairs. Certains partis, comme le Rassemblement national ou la France insoumise par exemple, veulent faire de cette élection un référendum pour ou contre le président. On nationalise le débat, ce qui crée de la confusion. D’autres candidats n’ont toujours pas sorti leurs propositions : c’est le cas de la liste La République en Marche, pour laquelle il faudra attendre début mai.

 

>> De 7h à 9h, c’est deux heures d’info avec Pierre de Vilno sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

Par ailleurs, les partis assument de ne pas aller chercher de nouveaux électeurs. Ils ont anticipé l’abstention, et veulent donc avant tout mobiliser leur camp, aller chercher leur base. Enfin, un rapport de la fondation Jean Jaurès pointe une dernière raison à cette indifférence : les médias ne parlent pas beaucoup de l’Union européenne. L’actualité de l’UE ne représente en effet que 3% des sujets dans les journaux télévisés français.

Seul un Européen sur trois a prévu d'aller voter

Le désintérêt français vis-à-vis du scrutin se retrouve dans le reste de l'Union. Seul un Européen sur trois a prévu d’aller voter, selon la dernière enquête du Parlement européen. En Italie, cette proportion descend à un sur six, et en République tchèque, à un sur dix. Chez nos voisins Allemands, les premiers meetings ont eu lieu ce weekend, mais 45% des électeurs ne connaissent pas les têtes de liste. Pour ne rien arranger, dans certains pays, comme l'Espagne, la Belgique et le Danemark, des élections nationales se tiennent plus ou moins en même temps que les européennes, et les éclipsent totalement. 

Au milieu de toute cette indifférence, la Pologne fait figure d'exception. Les partis pro-européens se sont alliés dans une coalition face au PIS, le parti au pouvoir, accusé par Bruxelles de ne pas respecter l’Etat de droit. Là, il y a une vraie campagne, car la réputation du pays dans l’Union est en jeu.

Des eurodéputés pourtant influents

Le désintérêt global pour les élections européennes est d'autant plus contradictoire que les eurodéputés ont bien plus d’influence et de poids que leurs collègues de l’Assemblée nationale. Institutionnellement, l’assemblée de Strasbourg a un grand pouvoir. Elle n’est pas une chambre d’enregistrement, mais négocie d’égal à égal avec les gouvernements. Elle a par exemple bloqué pendant des années, au nom des libertés individuelles, des mesures anti-terroristes voulues par la France. 

De plus, chaque élu pris individuellement peut jouer un rôle important. C’est une autre différence avec notre assemblée française : à Strasbourg, pas de discipline de parti, pas de clivage majorité/opposition. Un eurodéputé reconnu a de l’autonomie, il peut construire sa propre majorité et faire changer une loi. Enfin, n’oubliez pas que les textes européens influencent nos vies : en matière d’environnement, de protection de la vie privée, de normes…