Vincent Peillon dénonce la "manipulation politique" de l'idée républicaine

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L'ancien ministre Vincent Peillon publie "L’Émancipation" aux Presses universitaires de France. © Europe 1
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Invité mardi d'Europe 1, l'ancien ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, dénonce ce qu'il considère comme une "mystification très préoccupante" de l'idée républicaine. Selon lui, le terme "républicain" a pris ces dernières années une acception qui ne correspond plus à ce qu'il signifiait sous la Révolution française et au 19e siècle, dans l'esprit des fondateurs de la République.
INTERVIEW

"Donner un sens plus pur aux mots de la tribu." C’est le rôle que Mallarmé attribue aux poètes, estimant que le langage courant, au fil des siècles, a peu à peu vidé les mots de leur richesse, de leur profondeur première. C’est aussi le rôle que s’octroie, dans une certaine mesure, Vincent Peillon, chercheur au CNRS et ancien ministre de l’Education de François Hollande, dans son dernier ouvrage, L’Émancipation, publié aux Presses universitaires de France. Dans cet essai, recueil d'articles et de conférences, il revient sur les origines de l'idée républicaine, et ce qu’il dénonce comme son dévoiement durant les dernières décennies.

Même l'extrême droite récupère le vocabulaire républicain

"Aujourd’hui, tout le monde veut se revendiquer de la République", constate Vincent Peillon au micro d’Europe Midi. Il cite au moins trois des grandes forces en présence sur l’échiquier politique français : les Républicains et le parti présidentiel, La République en marche, ainsi que le Rassemblement national. "Même l’extrême droite française, qui a été constamment anti-républicaine dans notre histoire, revendique deux mots : 'laïcité' et 'patrie', qui appartiennent au vocabulaire républicain."

Or "les mots viennent dire le contraire de ce qu’ils disaient avant. Il y a là une manipulation politique", pointe Vincent Peillon. Car selon lui, le terme "républicain" a opéré au cours des dernières décennies un glissement de sens, pour désormais recouper une acception qui s’approche d’avantage du terme "nationaliste". "Les Républicains d’aujourd’hui considéreraient comme anti-républicains les pères fondateurs de la République", avance-t-il.

Du "cosmopolitisme politique" au nationalisme

Vincent Peillon rappelle ainsi que durant tout le 19e siècle, et au moins jusqu’au milieu du 20e, le patriotisme républicain se veut porteur d’une philosophie universaliste et européenne. "Depuis la Révolution française, les républicains, et même Robespierre dont on dit tant de mal, étaient pour le cosmopolitisme politique. Les idées qu’ils défendaient, comme les Droits de l’homme, valaient selon eux pour la France mais aussi pour tous les autres pays, à commencer par les pays européens." Avec ce principe : "La France est un pays qui porte des valeurs pour tout le monde."

Or, "depuis un moment, les Républicains sont des gens qui sont d’abord contre l’Europe, contre les étrangers, pour la fermeture des frontières, et qui méprisent, selon leur formule, ‘les droits de l’hommiste’", résume cet ancien professeur de philosophie. "Il y a une mystification très préoccupante", alerte Vincent Peillon. "Quand ceux qui sont anti-républicains utilisent le vocabulaire des républicains pour séduire, installer de la confusion dans les esprits, des monstres en sortent à un moment ou un autre", conclut cet ancien proche de François Hollande.

Europe 1
Par Romain David