Au PS, le renouvellement est-il en marche ?

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Jean-Christophe Cambadélis parti, les manettes du PS son vacantes. Et les jeunes ne semblent pas les mieux placés pour s'emparer du parti. © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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En miettes après les échéances électorales, le PS veut tenter de se reconstruire. Avec la nécessité de faire émerger de nouvelles têtes. Qui peinent à apparaître. 

Cambadélis désintégré, Hamon isolé, Valls ostracisé… Le Parti socialiste se cherche des têtes de pont, après des élections présidentielle et législatives qui l’ont laissé en miettes. Conscient de ses difficultés, le PS a repoussé son congrès au printemps 2018 pour laisser à chacun le temps de s’organiser. Et en particulier pour laisser à de nouveaux leaders le temps d’émerger, de se faire un nom, et d’incarner un nécessaire renouvellement en ces temps de profonde recomposition politique.

Dans la cacophonie ambiante, entre absence de chef, créations de nouveaux courants, mésententes à l’Assemblée et déficit de notoriété, c’est compliqué. Le Conseil national prévu samedi doit dessiner les contours de la direction collégiale qui tiendra le parti jusqu’au congrès. Face à la multiplication des initiatives, il s’annonce des plus mouvementés.

  • Un nouveau souffle venu de l’Assemblée ?

L’avantage, pour les plus optimistes des socialistes, c’est qu’avoir subi une déroute aux législatives permet d’avoir peu de députés à mettre en avant. Et ainsi d’être mieux à même de se faire connaître par l’opinion. D’autant qu’à l’Assemblée, la petite trentaine d’élus PS, Stéphane Le Foll excepté, n’est pas encore franchement connue. Puisqu’ils ne veulent pas de Manuel Valls et que Le Foll n’a pas candidaté, ils doivent se trouver un leader. Ce pourrait être Olivier Faure, 48 ans, réélu jeudi président du groupe à l’Assemblée, un poste qu’il occupait déjà depuis le 13 décembre 2016.

Sauf que le député de Seine-et-Marne se trouve déjà devant un défi de taille : faire parler les membres de son groupe d’une même voix. Cela paraît mal parti, entre ceux qui ont prévu de ne pas voter la confiance à Edouard Philippe le 4 juillet prochain, ceux qui veulent s’abstenir - c’est la ligne d’Olivier Faure - et ceux qui ont prévu de dire oui au Premier ministre. Parmi ces sociaux-démocrate-convaincus se trouvent Guillaume Garot, 51 ans, ou Olivier Dussopt, 38 ans seulement. Lequel a donc vocation à représenter le futur du PS. Le député de l’Ardèche a récemment déploré à demi-mots sur Twitter l’absence de renouvellement au sein du PS.

Il n’a pas tort : le groupe PS est le troisième plus âgé en termes de moyen d’âge (54 ans), derrière le Parti communiste (54 ans et demi) et l’UDI (56 ans et demi). Pas sûr donc que le renouveau socialiste vienne du Palais Bourbon.

  • Des initiatives éparpillées

D’autres (relativement) jeunes pousses du PS ont déjà pris des initiatives pour tenter de prendre la main. Matthias Fekl et Najat Vallaud-Belkacem, tous deux ministres dans le dernier gouvernement, tous deux âgés de 39 ans, ont ainsi publié une tribune dans Le Figaro le 21 mai dernier. L’objectif : "réinventer la gauche de demain". Le problème, c’est que les deux ont été battus lors des dernières législatives, à plate couture qui plus est. Et la pétition lancée sur change.org en parallèle de la tribune ne prend pas vraiment. Vendredi à 17 heures, elle comptant 1.916 signataires. Tout sauf une lame de fond.

L’initiative la plus récente date de vendredi. Elle est le fruit des fidèles d’Arnaud Montebourg. Orphelins de leur chef, retiré des affaires, au moins momentanément, ils n’ont pas renoncé à prendre une place dans la reconstruction du PS. Si possible en le ramenant vers la gauche. Les tenants de cette "gauche nouvelle", construite sur les ruines de l’éphémère "Projet France", créé en 2016 par l’ex-ministre de l’Economie,  ne sont pas forcément des petits jeunes, mais ils sont suffisamment inconnus du grand public pour plaider le renouveau. Les quelque 700 signataires du texte son emmenés par François Kalfon, 49 ans, et Yann Galut, ex-député du Cher, 51 ans. Pour la politique, c’est jeune, mais pas juvénile.

  • Les ténors n’ont pas dit leur dernier mot

Mais si la jeune génération peine à apparaître, c’est aussi que les anciens ont du mal à lâcher la bride. Certes, Jean-Christophe Cambadélis a démissionné de son poste de premier secrétaire, mais il n’avait pas vraiment le choix. Benoît Hamon, battu aux législatives dans les Yvelines, n’a lui pas renoncé à capitaliser sur sa victoire à la primaire du PS, malgré sa claque au présidentielle. Il lancera le 1er juillet à Paris un "mouvement transpartisan à gauche". Rien n’a filtré sur les personnalités présentes, mais son camp promet des surprises.

Enfin, il y a "Dès demain", un mouvement porté par trois femmes pas franchement novices en politique : Martine Aubry, Christiane Taubira et Anne Hidalgo. Lancé dans Le Monde et soutenu par 160 signataires, dont des intellectuels et des artistes, ce mouvement d’innovation se donne pour objectif "d'identifier les solutions et les réussites locales, et de travailler à leur mise en œuvre à toutes les échelles de territoires : locale, nationale et européenne". Vaste programme qui, depuis, n’a pas été précisé.

Mais ces initiatives ne sont pas les seules. Rachid Temal, premier fédéral du Val d’Oise, a signé avec de jeunes homologues d’autres départements un appel à la refondation du PS. Henri Weber, membre du conseil national, s’est lui aussi fendu d’une tribune dans laquelle il s’interroge sur la renaissance de son parti et de la social-démocratie. Sans compter Stéphane Le Foll, qui compte lui aussi faire entendre sa voix. Bref, le Conseil national de samedi risque de virer au tohu-bohu. Dans lequel les jeunes auront probablement du mal à se faire entendre.