Eliane Houlette 1:07
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Alain Acco, édité par Margaux Lannuzel , modifié à
Derrière les déclarations de l'ex-procureure Eliane Houlette, qui s'est émue du contrôle "très étroit" qu'aurait exercé le parquet général dans la conduite de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs visant les époux Fillon, se cache un règlement de compte plus personnel que politique, entre deux magistrates dont les relations ont toujours été exécrables. 
DÉCRYPTAGE

Derrière des déclarations polémiques, un règlement de comptes plus personnel que politique. Depuis quelques jours les déclarations d'Eliane Houlette, ancienne cheffe du parquet national financier (PNF), qui s'est émue du contrôle "très étroit" qu'aurait exercé le parquet général dans la conduite de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs visant les époux Fillon, provoquent des réactions multiples. Invité d'Europe 1, vendredi, l'avocat de François Fillon, Antonin Lévy, a dénoncé un "piège" tendu à son client, tandis que Jean-Luc Mélenchon a fustigé les "intrigues politiques" auxquelles se livre selon lui la justice française. 

Mais dans les déclarations d'Eliane Houlette, il n'y a aucune mise en cause du ministre de la Justice de l'époque ou de de son cabinet. Car il s'agit bien d'un règlement de comptes entre deux femmes, deux hauts magistrats, toutes les deux nommées par la gauche et dont les relations ont toujours été exécrables. L'ancienne patronne du Parquet National Financier, en fait, n'a jamais supporté de devoir rendre des comptes à sa supérieure hiérarchique, la procureure générale de Paris. 

"Ces remontées d'informations doivent être encadrées"

Aujourd'hui à la retraite, Eliane Houlette a donc profité de son passage devant la commission parlementaire pour dénoncer les pressions que sa rivale Catherine Champrenault exerçait sur elle pour être tenue au courant, au plus vite, de toutes les avancées du dossier Fillon. Sauf que tout cela est légal et prévu par les textes, comme l'a reconnu Antonin Lévy sur Europe 1. "Ces remontés d’informations doivent être encadrées, doivent avoir un but, être limitées dans leur objectif et tracées", a-t-il toutefois estimé. 

Cela pose questions effectivement : jusqu'où et à quelles fins doivent remonter les informations d'une enquête en cours ? Jusqu'à la direction des affaires criminelles et des grâces ? Jusqu'au cabinet du Ministre ? Mais pour quoi faire ? Pour alimenter des fuites dans la presse ? Il y a là une forme d'hypocrisie, que bon nombre de magistrats aimeraient dissiper aujourd'hui.