Les juges d'instruction antiterroristes ont terminé leurs investigations sur l'assassinat le 13 octobre 2023 de Dominique Bernard, professeur de français à Arras, tué par Mohammed Mogouchkov, l'un de ses anciens élèves fiché pour radicalisation islamiste. En dix minutes, Mogouchkov, armé de couteaux, avait fait un mort et trois blessés.
Compte à rebours d'un mois maximum pour les réquisitions du parquet national antiterroriste : les juges d'instruction ont terminé leurs investigations sur l'assassinat le 13 octobre 2023 de Dominique Bernard, professeur de français à Arras, tué par un de ses anciens élèves radicalisés.
Les juges d'instruction antiterroristes ont informé mercredi les parties concernées par cet assassinat que leurs investigations étaient terminées, a indiqué à l'AFP une source judiciaire, confirmant le journal Ouest-France.
Cette étape importante ouvre notamment une nouvelle page de l'agenda judiciaire : le parquet national antiterroriste (Pnat) dispose désormais d'un délai d'un mois maximum pour prendre ses réquisitions. Puis, c'est un juge d'instruction qui devra décider de la suite, c'est-à-dire ordonner ou non un procès. L'assassinat avait ému la France entière, trois ans après celui de Samuel Paty.
Mohammed Mogouchkov, l'un de ses anciens élèves fiché pour radicalisation islamiste, s'était approché de la cité scolaire Gambetta-Carnot, regroupant collège et lycée, quand quatre enseignants, dont Dominique Bernard, 57 ans, sortaient de l'établissement.
En dix minutes, Mogouchkov, Russe dans sa vingtaine à l'époque, armé de couteaux, avait fait un mort et trois blessés. Dans une vidéo publiée avant l'attaque, il avait revendiqué son geste au nom du groupe jihadiste l'État islamique.
Ciblé pour les matières enseignées
L'assaillant avait d'abord frappé son ancien professeur de français au cou et à l'épaule. Un autre enseignant avait tenté de s'interposer mais l'assaillant l'avait blessé grièvement au visage et l'avait poursuivi jusque dans la cour intérieure du lycée.
Sous les yeux d'élèves qui voyaient se dérouler la scène depuis les salles de classe, deux agents avaient tenté de défendre leurs collègues, mais avaient à leur tour été blessés. Des policiers arrivés sur place en quelques minutes maîtrisèrent l'assaillant avec leur pistolet à impulsion électrique.
Mis en examen pour assassinat et tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, Mohammed Mogouchkov a déclaré lors d'interrogatoires avoir volontairement ciblé son ancien professeur de français, "l'une des matières" où on transmet "l'attachement du système en général de la République, de la démocratie, des droits de l'Homme".
Son petit frère mineur à l'époque a été mis en examen pour complicité et son cousin pour abstention volontaire d'empêcher un crime.
Me Verlaine Etame Sone, conseil de l'assaillant, n'avait pas répondu dans l'après-midi aux sollicitations de l'AFP après la clôture des investigations. L'avocat du cousin, Me Seydi Ba, n'a "pas souhaité commenter" auprès de l'AFP. Les avocats du petit frère, Ambroise Vienet-Legué et Margaux van der Have, n'ont pas non plus souhaité faire de commentaire auprès de l'AFP.
Rues et places à son nom
Dominique Bernard, originaire d'Arras, agrégé de lettres modernes et enseignant au collège, était "passionné" de littérature selon ses proches. Cofondateur de l'université populaire d'Arras, il était "discret", "n'aimait pas le bruit et la fureur du monde", avait décrit son épouse Isabelle lors de ses funérailles dans la cathédrale d'Arras devant un millier de personnes, dont le président de la République, Emmanuel Macron.
Pour faire vivre cette mémoire, sa veuve Isabelle Bernard a notamment lancé un prix littéraire de nouvelles destiné aux adolescents, dont la première édition a pour thème la tolérance. Plusieurs villes ont rebaptisé des rues ou places au nom du professeur tué.
Né en 2003 dans la république russe à majorité musulmane d'Ingouchie, Mogouchkov arrive en France à cinq ans, d'abord à Rennes, puis à Arras. Dans la cité HLM, que sa mère et ses sœurs ont depuis dû quitter, les voisins décrivent un homme mutique, "froid".
Sa demande d'asile déposée à 18 ans est refusée, mais il n'est pas expulsé en raison de la "protection absolue" accordée aux mineurs arrivés en France avant 13 ans, avaient indiqué à l'époque l'entourage du ministre de l'Intérieur.
Mogouchkov était fiché pour radicalisation islamiste depuis février 2021 après deux signalements du lycée Gambetta d'Arras. Depuis juillet 2023, il était surveillé par la DGSI en raison des liens avec son grand frère, Movsar, incarcéré pour ne pas avoir dénoncé un projet d'attentat aux abords de l'Elysée, et son père fiché S expulsé en 2018.