Les organisations criminelles en France adaptent leurs méthodes de recrutement, ciblant davantage femmes et mineurs via les réseaux sociaux. La digitalisation élargit leur vivier et favorise la division des tâches, tandis que la part de jeunes impliqués dans des affaires violentes progresse nettement.
Les organisations criminelles diversifient et étendent leurs stratégies de recrutement, ciblant de plus en plus femmes et mineurs, constate vendredi le service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) du ministère de l'Intérieur.
"Longtemps exclues de la gestion des points de deal physiques, le recrutement via les réseaux sociaux de livreurs pour les centrales d’appel a contribué à féminiser la vente de stupéfiants", note le rapport consacré aux grandes tendances de la criminalité en France et consulté par l'AFP.
La police évoque ainsi 350 assassinats ou tentatives d'assassinat entre délinquants, en 2025.
Un profil moins associé à la délinquance
"Les trafiquants n’ont pas tardé à y voir un avantage, leur profil moins associé à la délinquance et à la criminalité organisée diminuant d’autant le risque de contrôle sur la voie publique", poursuit-il.
De l’organisation de convois de stupéfiants à la poursuite des activités d’un conjoint incarcéré, les femmes ne sont pas cantonnées à des rôles subalternes.
Le rapport cite le cas d'un trafic de drogue à Marseille en 2025, piloté par un homme multirécidiviste qui ne s'entourait que de femmes pour opérer les livraisons ou effectuer des trajets vers l’Espagne avec des véhicules loués. D'autres exemples mentionnent des implications de femmes à Bordeaux ou Perpignan.
Certaines sont aussi "désormais plus fréquemment mises en cause pour leur participation aux assassinats".
Des jeunes plus faiblement rétribués et facilement remplaçables
La digitalisation a également permis d'étendre géographiquement le vivier de recrutement, des limites des quartiers à désormais la France entière, et celui des jeunes en particulier. Ces derniers sont notamment "impliqués de plus en plus fréquemment dans les affaires d’enlèvements et de séquestrations", relève le rapport.
La multiplication des conflits entre trafiquants locaux fait "apparaître de nouveaux profils d’équipes composées de jeunes plus faiblement rétribués, facilement remplaçables et mobiles, recrutés directement parmi la main-d’œuvre habituelle du point de deal ou via des petites annonces sur les réseaux sociaux dans la France entière".
En 2023, année la plus meurtrière en France, on parle de 598 assassinats ou tentatives d'assassinats entre délinquants. Au plus fort du conflit opposant les deux grands groupes marseillais, la DZ Mafia et l'organisation Yoda.
La digitalisation favorise "la division des tâches"
En 2024, 24% des enquêtes élucidées impliquent des jeunes tueurs âgés de moins de 20 ans avec "une sur-représentation des régions Sud et Sud-Est (Marseille, Nîmes, Montpellier, Valence notamment)". Pour les trois premiers trimestres de 2025, ils représentent 28% des auteurs.
"La digitalisation a largement favorisé la rencontre entre l'offre et la demande de biens et de services criminels", résumait jeudi lors d'une conférence à Marseille Annabelle Vandendriessche, cheffe du Sirasco, "puisque ce qui nécessitait auparavant de détenir un certain nombre de contacts permettant d'avoir accès à des réseaux proposant stupéfiants, armes, faux papiers, fichiers de police (...) est aujourd'hui à la portée de tout un chacun".
On peut citer en exemple cet adolescent de 14 ans interpellé par le Raid en novembre dernier pour avoir ouvert le feu sur un autre délinquant expliquant être, au départ, un simple vendeurs de stupéfiants. Ou bien "Pépito", le surnom d'un jeune tueur marseillais de 14 ans encore, recruté début 2025 sur la messagerie Signal, chargé de "descendre une cible" selon ses mots pour 15.000 euros.
La digitalisation favorise en outre "la division des tâches", dit-elle, "et surtout, dans l'intérêt des organisations, le cloisonnement entre commanditaire, intermédiaire recruteur et petite main exécutante".